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La force de la Tsedaka

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        Tsippora, 36 ans, mère de trois enfants âgés de 10, 13 et 15 ans

 

J’ai mis au monde mon troisième enfant toute seule. Je pleurais tant que je ne pouvais pas expliquer aux infirmières quelle était la raison de mon chagrin. « Madame, où est votre mari ? » m’a demandé l’une d’elles. J’ai sorti de mon portemonnaie une petite photo de mon mari où j’avais écris en bas : « de mémoire bénie ». Ce jour-là, le jour de cette naissance, j’ai pleuré davantage qu’à l’enterrement et que pendant la semaine de deuil, que j’avais vécus dans un état de choc. A ces moments-là où une femme a besoin de son mari auprès d’elle, j’ai compris pour la première fois mon malheur. Une jeune veuve avec trois enfants dont le dernier vient de naître. J’ai appelé le bébé David, au nom de mon mari. Les médecins m’ont proposé de rester quelques jours de plus au service maternité car ils ont pensé que je n’étais pas en état de rentrer chez moi. Mes voisines se sont occupés de mes deux jeunes enfants pendant mon séjour à l’hôpital. Mes parents et ceux de mon mari habitent à l’étranger, mais je suis restée en Israël car c’est le pays où mon mari a toujours voulu vivre.

Je suis rentrée chez moi avec un bébé de quelques jours et j’ai retrouvé mon fils de cinq ans qui mouillait de nouveau son lit et mon enfant de trois ans brusquement atteint de mutisme. Le bébé n’arrêtait pas de pleurer : les médecins ont dit qu’il souffrait de reflux gastro-eosophagien. On m’a donné des médicaments pour épaissir son lait, ce qui fit qu’il ne voulait pas le boire. J’étais déchirée entre un bébé qui pleurait de faim et un bébé qui pleurait de brûlures d’estomac. Je n’avais personne pour m’aider. Mes deux autres enfants avaient besoin que je les aide pour les actes les plus simples : s’habiller, se laver, manger, mais mes mains étaient prises par mon bébé qui hurlait. Je ne savais plus que faire.

Mon congé maternité a pris fin et je me suis mise au chômage. Jusqu’à ce moment-là, je travaillais à temps plein et je n’avais pas quitté ma place malgré mon deuil. Le travail m’aidait à garder la tête hors de l’eau : je devais recevoir des gens, parler, organiser des projets. Cela m’obligeait à être active et responsable. Même si je le voulais, je ne pouvais pas venir au travail les yeux rouges et pleurer sans arrêt.

Mais après la naissance de mon fils, je n’ai pas repris le travail. Trois mois de repos m’ont enlevé toutes mes forces. Je suis restée chez moi en pointant au chômage, et je me suis occupée de mes enfants sans fin. J’étais de plus en plus nerveuse intérieurement. Après six mois, je n’ai plus eu droit à l’allocation chômage. J’ai vécu sur l’argent des indemnités. Quand mon bébé eut un an, je me suis rendue compte que je ne disposais que deshopital shneider allocations familiales et de l’allocation aux veuves. Avec la meilleure volonté du monde, cela ne suffisait absolument pas à couvrir nos dépenses, sans parler de mon aîné qui avait besoin de soutien psychologique et du deuxième qui ne parlait toujours pas et qui devait être soigné. Moi aussi, en réalité, j’avais besoin de soutien moral et psychologique, mais je n’y pensais pas encore.

J’ai commencé à me battre contre le manque, la pauvreté, le dénuement… et j’ai vite fait de me décourager. Je n’avais plus que quelques voisines qui voulaient encore m’aider mais j’étais gênée par leur pitié et je les fuyais.Koupat Ha’ir a entendu parler de moi, probablement par l’intermédiaire d’une voisine. Un jour, une dame m’a téléphoné. « Nous avons appris que vous étiez seule. Comment vous en sortez-vous ? Comment peut-on vous aider ? Voudriez-vous qu’on se rencontre ? » Cela ne m’a pas enthousiasmé, c’est le moins qu’on puisse dire. J’avais peur des gens, mais j’avais vraiment besoin d’aide et j’ai accepté de fixer un rendez-vous chez moi. Cette dame est venue, très agréable. Elle a réussi à communiquer tout de suite avec les enfants, et même avec le bébé, David. Elle était impressionnée de voir à quel point il ressemblait à la photo de mon mari que j’avais accrochée dans le salon. Elle a mis David à côté de la photo et nous a dit : « Regardez comme David ressemble à votre papa ! Il va grandir et donner beaucoup de joie à votre Papa au Ciel, comme vous vous le faites sûrement déjà ! » Elle les a conquis, cette dame. C’était la première étape de la transformation.

Nous avons beaucoup parlé, j’ai beaucoup pleuré, mais cela valait la peine : depuis ce jour, ma vie a changé. Tout d’abord, j’ai commencé à recevoir une allocation mensuelle. J’avais de quoi acheter le nécessaire. A part cela, ils ont réussi à inscrire mon bébé à une crèche gratuite où il restait jusqu’à 4 heures. J’ai reçu de l’argent pour payer une professionnelle qui s’est occupée de mon fils aîné, et le problème s’est réglé assez vite. Ensuite, nous avons continué avec le deuxième. Il était moins facile et elle a dit que si nous ne nous étions pas occupés de lui à temps, il aurait dû être scolarisé dans une école spécialisée car les dommages auraient été irréparables. A part tout cela, ils m’ont fait connaître des familles qui m’invitaient le chabbat et dont les filles venaient me garder les enfants. En fin de compte, j’ai repris mon travail, avec le soutien permanent des dames de Koupat Ha’ir qui me demandaient régulièrement de mes nouvelles et m’aidaient pour tout ce dont j’avais besoin. Elles voulaient savoir s’il y avait quelque chose de cassé à la maison, s’il fallait faire venir un plombier ou un technicien. « Ce qui est cassé à la maison fait que le cœur est cassé aussi ! Il faut que vous soyez détendue et que vous éleviez vos enfants avec joie. » Elles ont tellement fait pour moi, et avec gentillesse, avec tact, sans me mettre mal à l’aise. Elles m’ont même fait sentir fière de me débrouiller si bien toute seule et d’élever mes enfants avec tant de détermination !

Aujourd’hui, dix ans plus tard, et grâce à Koupat Ha’ir, je me suis remariée. Après qu’ils eussent établi un fonds d’aide pour mes enfants et que chacun de mes orphelins disposât un compte en banque où était déposée une somme destinée à leur éducation et leur mariage, il devint possible de penser à un remariage. J’ai un mari extraordinaire qui aime mes enfants comme s’ils étaient les siens, et un enfant est né dans notre foyer. Aujourd’hui, nous faisons régulièrement des dons à Koupat Ha’ir. Mes enfants sont aujourd’hui comme les autres, joyeux et sains d’esprit.

 

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