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Yaël regarde sa mère d’un air désespéré. Sa mère regarde Yaël d’un air tout aussi désespéré. Toutes les deux se trouvent à la caisse, après avoir fait passer tous leurs achats sur le tapis roulant.

Yaël regarde sa mère d’un air désespéré. Sa mère regarde Yaël d’un air tout aussi désespéré. Toutes les deux se trouvent à la caisse, après avoir fait passer tous leurs achats sur le tapis roulant. Elles se sentent perdues.
Toutes les caissières et les clients les regardent.
Elles ont cherché dans tous les sachets des magasins où elles avaient fait des achats plus tôt, dans leurs sacs à main, dans le sachet où elles avaient mis leur bouteille d’eau. Tout est renversé sur la table, mais leurs deux portemonnaies sont absents.
Où sont-ils, ces portemonnaies ? Que faire ? Comment échapper à cette honte ?
Le mariage de Yaël aura lieu très bientôt. Elles ont laissé ces derniers achats très importants pour la fin, lorsqu’elles auraient la somme nécessaire. Yaël a beaucoup travaillé depuis ses fiançailles et toutes ses économies partent pour ces achats de dernière minute. Sa mère aussi a préféré tout rassembler en un jour, en gardant de l’argent pour cela.
La journée avait si bien commencé ! Elles sont allées de boutique en boutique et ont trouvé des choses magnifiques. Elles ont fait leurs achats le cœur tranquille, sans regarder l’argent qui disparaissait de leur portemonnaie.
Mais toute cette bonne humeur disparaît alors qu’elles sont devant la caissière, une montagne d’objets valant plusieurs milliers de shekels devant elles, et qu’elles n’ont pas de quoi payer. Elles n’ont pas un sou. Ni carte de crédit, ni chèques. Rien.
« Appelez l’homme de la sécurité, dit la caissière en chef. Si on vous a volé ici, au centre commercial, c’est lui qui est supposé s’en occuper. C’est sa responsabilité.
– C’est sûr qu’on nous a volées ici, crie Yaël à bout de nerfs.
– Personne ne pense que vous n’avez pas d’argent, dit la caissière pour essayer d’adoucir la honte de la jeune fille. Nous avons juste dit que peut-être…
– Il n’y a pas de ‘peut-être’ ! Nous sommes venues ici avec deux portemonnaies, celui de ma mère et le mien, et nous devons encore continuer nos courses ailleurs. Nous avons rendez-vous pour chercher ma perruque… »
Le visage de sa mère pâlit. Elles avaient préparé deux séries de chèques signés, comme l’avait demandé la vendeuse de perruques. Le voleur peut les toucher sans aucun problème !
« Voilà, l’homme de la sécurité arrive, dit la responsable.
– Vous n’avez pas de caméras ? demande la jeune fille. Est-ce possible dans un centre commercial pareil ? On aurait pu regarder le film et trouver le voleur !
– Les caméras passent sans cesse d’un endroit à l’autre, répond l’homme. On ne filme pas toujours tout. Les chances de trouver le voleur sont très minces. Nous regarderons le film, mais pas tout de suite. Vous devez d’abord déposer plainte à la police.
– A la police ? sursaute la mère.
– Oui, sinon on ne vous permettra pas d’annuler les chèques. Il vous faut un numéro de plainte. Sortez par l’entrée arrière du magasin et traversez la station du train…
– Et qu’allons-nous faire de ces achats ? demande la caissière responsable en regardant le tas d’objets que les deux clientes ont déposé sur la caisse.
« Nous allons au poste de police et nous allons voir ce qu’ils nous disent, répond la jeune fille. En attendant, mettez tout cela de côté. »
La mère hausse les épaules et ne répond rien. Sa fille est encore jeune. Elle est sûre de revenir avec l’argent nécessaire pour payer leurs achats. Mais si l’argent a été volé, et c’est probablement ce qui est arrivé, elles devront renoncer à 80% de leurs emplettes. Le mariage est proche et elle ne pourra pas se procurer de sommes supplémentaires. Sans leurs économies, elles n’auraient pas pu faire ces achats.
Les jambes tremblantes, elles sortent du magasin en tenant les sachets contenant leurs achats précédents. Elles n’ont même pas d’argent pour prendre le bus. Elles cherchent un visage connu et, rouges de honte, demandent un prêt de 100 shekels. Elles ne sont pas naïves et savent que la plainte qu’elles vont déposer à la police ne leur rendra pas les portemonnaies perdus.
« Maman, faisons un don à Koupat Hai’r ! demande Yaël. S’il te plait, viens, faisons un don. »
Sa mère ne répond pas, plongée dans le cauchemar qu’elles vivent et celui qui les attend.
« Maman, je promets 25 shekels, et toi ? »
Sa mère regarde ce qu’il lui reste des 100 shekels. Combien peut-elle donner de cela et pouvoir ensuite prendre le train jusqu’au poste de police, puis le bus jusqu’à chez elle ? En outre, il ne leur reste plus d’argent à part cela… Quelle somme donner à Koupat Ha’ir ?
« Maman, s’il te plait, fais-le pour moi !
– D’accord. 18 shekels à Koupat Ha’ir. »
Elle ne sait pas pourquoi elle a dit cela. Pourquoi 18 et pas 180 ? Après tout, elle ne les donne pas tout de suite, elle ne fait que les promettre.
Le train plein de monde va bientôt démarrer.
« Une seconde ! s’écrie-t-elle. Yaël ! Nous avions encore un sachet ! Un petit sachet jaune. Nos portemonnaies sont peut-être dedans ?
– Il était très petit, Maman, et nos portemonnaies sont grands.
– Ils sont dedans, je te le dis ! Viens, descendons.
– Descendre ? Du train ? Mais même s’ils y étaient, ils ont déjà disparu, c’est sûr. Nous devons de toute façon déclarer le vol et nous avons déjà payé le trajet. Il faut aller maintenant à la police.
– Viens tout de suite ! »
Sa mère prend Yaël par le bras et la fait descendre du train. Yaël devient rouge de honte. Qu’est-ce qu’on pense d’elles aujourd’hui ? Sa mère marche très vite. Une voix à l’intérieur d’elle-même l’appelle. Elle sent qu’on la pousse vers le centre commercial. Elle avance sans rien voir jusqu’à l’un des magasins au rez-de-chaussée.
Et là, près du comptoir, est posé par terre un sachet jaune duquel dépassent deux grands portemonnaies.
« Après ce magasin, nous avons fait des achats dans deux magasins en payant avec des bons d’achat, dit Yaël, abasourdie. Nous n’avons pas sorti nos portemonnaies après notre passage ici, voici plus de deux heures ! Comment se fait-il qu’ils n’ont pas été volés jusqu’à présent ? Imagine combien de problèmes nous avons évité ! Même si les portemonnaies n’avaient pas été volés, nous aurions annulé les cartes de crédit, les chèques, et tout. Quelle pagaille ! Comment as-tu compris au dernier moment que nos portemonnaies étaient là ?
– Je ne sais pas. Quelqu’un m’a tiré du train et m’a poussé jusqu’ici. Je t’assure que j’étais tellement sous le choc que je n’ai rien compris. »
Nous savons qui était ce quelqu’un. Son don à Koupat Ha’ir…