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Maman, ce n’est pas la fracture ! » intervient Chaoul au milieu de la conversation téléphonique de sa mère avec sa grand-mère. « Ce n’est pas la fracture ! Je te le dis ! Après qu’ils aient plâtré ma jambe, les douleurs n’étaient pas aussi terribles que celles-ci.

« Maman, ce n’est pas la fracture ! » intervient Chaoul au milieu de la conversation téléphonique de sa mère avec sa grand-mère. « Ce n’est pas la fracture ! Je te le dis ! Après qu’ils aient plâtré ma jambe, les douleurs n’étaient pas aussi terribles que celles-ci. Mais maintenant… c’est comme si quelqu’un me pinçait juste à l’endroit de la fracture, sous le plâtre. Ce ne sont pas les douleurs de la fracture ! »
Chaoul souffre terriblement. Sa mère l’écoute et sa grand-mère, qui entend ses propos dans le combiné, est attentive aussi. 
« On dirait qu’il sait ce qu’il dit, dit-elle à sa fille. Il faut peut-être le ramener à l’hôpital…
– Et rester encore des heures aux Urgences ? demande Tsipora. Tu ne peux pas imaginer combien Chaoul a eu mal jusqu’à ce qu’on s’occupe de lui. Dès qu’on lui a fait une radio, tout a changé. Une fracture ouverte et complexe, ce n’est pas rien. Ils ont compris pourquoi il avait tellement mal et ont vite fait ce qu’il fallait. Je ne peux pas te décrire le cauchemar que c’était jusqu’au traitement.
– Mais quand même, deux jours après le plâtrage, il ne devrait plus avoir si mal. Retournez aux Urgences ! Qu’ils enlèvent son plâtre et voient ce qu’il a. On ne peut pas le laisser souffrir comme ça ! »
Le cœur lourd, Tsipora comprend que sa mère a raison. Chaque mouvement cause à Chaoul des douleurs intolérables. Ses gémissements brisent le cœur de sa mère.
Comme elle le craignait, une fois arrivés aux Urgences, ils attendent, attendent, attendent… Chaoul est épuisé et tremble de peur à l’idée des douleurs qui l’attendent lorsqu’ils lui enlèveront le plâtre.
Lorsqu’un médecin s’approche d’eux et écoute les faits, il fronce les sourcils. 
« Cela ne me plait pas, murmure-t-il. Viens, on va commencer par voir ce qui se passe sur ta jambe ».
Ils allongent Chaoul sur un lit et le médecin ferme le rideau.
« Ta jambe a touché de l’eau ?
– Non ?
– Tu es allergique à certains produits ?
– Non, pas que je sache. »
Le médecin se penche et renifle le plâtre. Chaoul et sa mère le regardent, étonnés. Le docteur appelle une infirmière.
« Apportez-moi une scie électrique, il faut scier le plâtre. Je crains une infection. »
Une fois le plâtre ouvert, le médecin leur dit :
« C’est bien ce que je pensais. Il faut commencer un traitement antibiotique. Ce n’était pas pour rien que tu avais si mal ! »
Chaoul reçoit des antibiotiques par perfusion ainsi qu’un médicament antidouleur, mais contrairement à toute attente, son état ne fait qu’empirer. Les douleurs dépassent ce qu’il a senti jusqu’à présent, et les médicaments n’améliorent pas la situation. Les heures passent.
« Combien de temps peut-on torturer les gens comme cela ? se demande Tsipora.
Son enfant a terriblement mal, mais les infirmières qui passent près d’eux ne font qu’hocher tristement la tête et dire : « Cela prend du temps… On ne peut rien faire en attendant ».
La nuit tombée, les douleurs augmentent. Chaoul se met à pleurer. Tsipora essaie d’appeler les médecins, mais leur réaction est la même : ils observent la jambe de son fils et jettent un coup d’œil au tableau apposé sur son lit.
« Il n’y a rien à faire, à part des calmants quand cela est permis, disent-ils. Nous devons voir si l’antibiotique agit. Si oui, vous pourrez poursuivre le traitement à domicile ; il n’y a pas de raison de l’hospitaliser. »
Vers minuit, alors que Chaoul s’est enfin endormi, elle téléphone à son mari resté à la maison pour garder leurs autres enfants. 
« Fais un don à Koupat Ha’ir ! demande-t-elle en pleurant. Chaoul a des douleurs terribles. Je ne vois aucune amélioration et personne ne veut m’écouter ici. Je n’en peux plus ! Il vient de s’endormir et j’en ai profité pour t’appeler. Fais un don pour que les douleurs cessent ! »
Trois minutes passent – peut-être deux, ou cinq – quand elle aperçoit soudain Dr Stein, son pédiatre, arriver aux Urgences en compagnie de sa fille et de son petit-fils. Le bébé a une forte fièvre persistante, aussi son grand-père a décidé de l’amener aux Urgences en pleine nuit.
D. Stein ! Quel soulagement ! Lorsqu’elle voit que le bébé commence à être soigné, elle prend son courage à deux mains et s’approche du médecin. Elle lui raconte leurs difficultés et lui demande de venir voir son fils.
Dès qu’il le peut, le pédiatre vient observer la tache sur la jambe de Chaoul et le compte-rendu au pied du lit. Il n’a pas l’air rassuré.
« Je crains qu’ils se soient trompés de diagnostic, lui dit-il à voix basse. Ce n’est pas une infection, c’est un caillot de sang. Il faut lui donner une injection pour diluer le sang. Ce caillot peut se déplacer et arriver à un endroit qui met votre fils en danger immédiat. »
Elle court vers le médecin de service, mais il ne veut rien entendre. Il lui répond que les médecins viendront le lendemain matin pour décider de la suite du traitement ; il est occupé à ausculter les autres malades qui n’ont pas encore reçu de médicaments.
Elle retourne, impuissante, au chevet de Chaoul qui s’est réveillé et pleure de douleur.
« Il est en danger, dit le pédiatre qui l’attend près de lui. Il doit recevoir cette injection immédiatement. Il ne faut pas attendre jusqu’au matin.
– Qu’est-ce que je dois faire ?
– Essayez de demander qu’on le laisse partir pour la nuit sous prétexte qu’il n’arrive pas à dormir. Au lieu de rentrer chez vous, amenez-le chez moi et je lui ferai cette piqure. »
Le pédiatre retourne près de sa fille dont le bébé est hospitalisé. Tsipora inscrit le numéro de son domicile. Il lui recommande fermement de lui téléphoner à n’importe quelle heure de la nuit.
Elle demande à l’infirmière qu’on les laisse rentrer chez eux jusqu’au matin et, étonnamment, reçoit cette permission. Il n’est pas facile de conduire Chaoul dehors, avec sa fracture douloureuse et sans plâtre, mais elle finit par y arriver. Tsipora téléphone au pédiatre pour lui dire qu’elle se trouve dans un taxi et en route vers chez lui. Ils entrent dans son cabinet mitoyen à son appartement, et Chaoul reçoit l’injection nécessaire.
« Reposez-vous ici un peu, leur dit la femme du pédiatre. Appelez-nous s’il y a une aggravation. En attendant, essayez de dormir ».
Fatigué par ses déplacements et ses douleurs, Chaoul s’endort rapidement. Tsipora s’assoupit à ses côtés.
Lorsqu’elle se réveille deux heures plus tard, il lui semble que Chaoul va mieux. Il dort toujours. Elle se permet de se rendormir. Tôt le matin, la femme du pédiatre entre : 
« N’ayez pas peur, dit-elle. Je suis venue voir si tout va bien. Mon mari va bientôt arriver. »
Le pédiatre entre, observe la jambe et pousse un soupir de soulagement. Chaoul se réveille. Ses douleurs ont pratiquement disparu. Ils aident l’enfant à monter dans un taxi et retournent aux Urgences.
« Très bien ! L’antibiotique a fait son effet ! dit le médecin qui l’avait examiné la veille. Vous voyez, Madame ! Vous étiez impatiente, vous vouliez un autre traitement. Il fallait laisser le temps, c’est tout. L’antibiotique a été très efficace. »
Et Tsipora pense : « Il fallait juste faire un don à Koupat Ha’ir. Dès ce moment-là, la yéchoua est arrivée. Ce n’est pas l’antibiotique qui a bien agi, pas même l’injection pour diluer le sang. C’est la tsédaka qui a fait des miracles ! »