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Il n’y a aucune chance » dit Yaacov à Sarah. Ils sont assis dans la cuisine. Sur la table sont posés les documents qui viennent d’arriver dans une grande enveloppe blanche portant le cachet du tribunal.

« Il n’y a aucune chance » dit Yaacov à Sarah. 
Ils sont assis dans la cuisine. Sur la table sont posés les documents qui viennent d’arriver dans une grande enveloppe blanche portant le cachet du tribunal. Ils sont découragés: leur affaire a enfreint la loi et ils sont convoqués au tribunal.
« Nous savions bien que cela pourrait arriver, murmure-t-elle.
– Oui, c’est vrai. Mais qu’est-ce qu’on pouvait  faire ? Dans ce pays bizarre, tu ne peux pas recevoir l’autorisation de faire fonctionner une affaire tant que tu ne prouves pas que tu as une affaire qui marche. Comment veulent-ils qu’on la fasse marcher avec autorisation ? Ces lois sont illogiques! 
– Ce ne sont pas les lois, à vrai dire. C’est seulement toute la bureaucratie qu’il faut suivre pour appliquer la loi. »
Yaacov est en colère, Sarah consternée, tous deux impuissants. Les poursuites immédiates à la suite du contrôle ruinent tous leurs efforts. Ils ont tant investi dans cette affaire ! Et maintenant tout sera perdu, sans compter le risque d’une amende d’un quart de million de shekels!
« Cela nous endettera jusqu’à la fin de notre vie ! dit Sarah en pleurant. Qu’avons-nous fait de mal? Nous avons juste cherché à 
monter une petite affaire pour gagner notre vie ! C’est tout! Nous n’avons pas fraudé le fisc, nous n’avons pas menti et nous n’avons pas mis le pays en danger! 
Pourquoi nous intenter un procès pareil?
– C’est comme ça. Je me demande s’il faut dépenser encore de l’argent pour prendre un avocat ou bien lever les bras. Je n’ai  sûrement pas de milliers de shekels en trop pour payer un avocat qui ne nous avancera à rien.
– Alors nous irons au procès sans avocat?
– Oui. Je pense que de toute façon, nous n’avons aucune chance de gagner. Nous devrons payer l’amende et fermer notre 
affaire pour l’instant, et pour toujours probablement. Je n’ai aucune envie de gaspiller encore de l’argent pour ce malheureux procès. »

A la date fixée, Yaacov et Sarah se présentent seuls au tribunal. Alors que Sarah tremble de peur, Yaacov tente de la rassurer que 
l’argent n’est finalement que de l’argent, mais il n’est pas très convainquant. Lui non plus n’est pas rassuré.Alors qu’il n’est généralement pas un fervent des « j’ai fait un don et mes problèmes se sont réglés», Yaacov sent que son don lui apporte un soutien. La tsédaka reste de la tsédaka, et plus que le donateur fait pour le pauvre, le pauvre fait pour le donateur. Glacés, ils entrent dans la salle d’audience.

«Où est votre avocat? demande l’avocat des parties civiles.

– Nous avons décidé de ne pas être représentés par un avocat, répond Yaacov.

– Comment? s’exclame-t-il avec dédain, son expression feignant la pitié. Sans avocat? 

Si votre situation était mauvaise avant, maintenant elle est décidément... »

Yaacov et Sarah deviennent tout pâles.

« Monsieur le juge ! »

La porte arrière s’ouvre après cette annonce et un juge à l’air rigoureux entre dans la salle.

« Avec un juge pareil, nous sommes perdus, pense Yaacov. Nous qui espérions trouver un homme compréhensif... Ce juge  draconien va nous faire tomber encore plus bas. Mieux vaut ne pas ouvrir la bouche. »

L’avocat des parties civiles ouvre la séance par des arguments secs et tranchants. Il énumère les accusations les unes après les 
autres d’un ton pathétique, comme s’il les accusait d’espionnage ou de révolte armée. 

Le juge l’écoute attentivement citer les articles du code pénal et prouver l’amère conclusion inévitable. Yaacov et Sarah sont 
certains que tout est perdu.
«Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? leur demande le juge. Et où est votre avocat?»
Sarah essaie courageusement de répondre. 
Elle explique pourquoi ils n’avaient pas de raison de prendre un avocat. Son argument joue en leur défaveur. Que dit- elle, en fait? Qu’ils n’ont aucune chance d’être acquittés...

Et c’est là qu’intervient un renversement de situation incroyable. Le juge se tourne, son visage s’adoucit, et il lui demande de 
répéter pourquoi ils sont certains que «tout le monde est contre eux » et que la bureaucratie ne leur permettra jamais de monter une affaire légale.

Sarah perçoit le changement qui intervient et retrouve une certaine assurance. Il lui pose des questions, tout en lui expliquant  l’esprit de la loi et la façon dont leur action constitue une infraction. En réalité, il leur montre que dire et que taire. Elle lui raconte tout ce qu’ils ont essayé de faire jusqu’à présent et décrit leurs efforts pour être reconnus par la loi, des efforts qui n’ont jamais abouti.
L’avocat des parties civiles procureur tente d’intervenir, mais le juge le reprend.
Le procès va commencer dans quelques minutes. Sarah sursaute : « Faisons un don à Koupat Ha’ir! » demande-t-elle.
En la voyant trembler, Yaacov sait qu’un don à Koupat Ha’ir est le meilleur effort qu’il puisse faire pour la tranquilliser. 
« D’accord, faisons un don » répond-il. Ils décident de donner 1800 shekels en dix versements et récitent quelques passages 
des Téhillim. Sarah est soulagée.« Laissez-la terminer! lance-t-il d’un ton cassant.

Le procureur stupéfait se rassoit, vexé. Sarah continue à décrire leurs difficultés et les embûches que les autorités placent 
sur leur chemin. Lorsqu’elle s’arrête un instant pour reprendre son souffle, l’avocat demande et reçoit la parole.
« Les propos de cette dame semblent très honnêtes» siffle-t-il non sans un brin de méchanceté. Mais elle ne raconte pas avec 
cette même droiture convaincante ce qu’il s’est passé il y a deux ans... »

Yaacov et Sarah sentent qu’on leur a lancé un coup direct dans la figure. Si ce fait-là leur est connu, ils sont perdus...

« Voici deux ans, ils ont essayé de faire fonctionner cette affaire dans sa première version, et au cours du processus administratif, ils se sont rendu compte qu’il enfreignaient la loi. Ils devaient avoir un procès, mais il a été annulé sur leur demande et leurs supplications. Ils ont signé à ce moment-là qu’ils s’engageaient à ne plus refaire ce délit. Et voici que deux ans plus tard, ils ont failli à leur engagement! Après cette mise en garde, leur signature témoigne que le délit actuel a été commis délibérément et 
en toute connaissance de cause, dans le but d’échapper à leur devoir et de s’enrichir sur le compte du contribuable... »

Sarah reste bouché bée. Yaacov récite mentalement des versets des Téhillim.

« Je décide d’ignorer les propos qui viennent d’être dits! » dit le juge. 

« Pour ma part, ajoute-t-il à l’adresse de la secrétaire, rien n’a été dit ici. Je refuse de voir ici une preuve à la plainte contre ces 
personnes... »

Pâle et bouleversé, Yaacov prend la parole. Le juge écoute patiemment ce qu’il a à dire. Il appuie les paroles de sa femme par des témoignages et des dates précises. Le juge hoche la tête en signe d’approbation.
L’avocat essaie encore plusieurs fois d’intervenir mais s’arrête devant le regard foudroyant du juge. En fin de compte, le juge fait part de sa décision obligeant les autorités civiles à apporter à cette affaire toute l’aide dont elle aura besoin pour se développer, de façon légale bien entendu. 
Il fixe une limite de temps assez large pendant laquelle l’affaire pourra continuer à fonctionner sans autorisation jusqu’à sa  légalisation. Il réduit l’amende vertigineuse d’un quart de million de shekels à une amende symbolique de quinze mille shekels, en dix versements.

« Tu comprends ce qui vient de se passer? murmure Sarah une fois sortie de l’immeuble.

– Il n’y a aucune explication logique, aucune cause naturelle ! C’est un vrai miracle. D. nous a envoyé un défenseur déguisé en juge. Je n’y comprends rien, c’est invraisemblable ! Personne ne me croira si je raconte l’attitude du juge. Qu’est-ce qui a tout changé ?»

Et tout d’un coup, la lumière se fait dans leur esprit: « Koupat Ha’ir! »