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« Quel retard ! soupire Ruth en s’asseyant dans le bus. Quand même ! Un vendredi après-midi ! Attendre l’autobus trois quart d’heure ! Si la compagnie de bus n’arrive pas à faire face à la demande, qu’on ajoute une concurrente !

« Quel retard ! soupire Ruth en s’asseyant dans le bus. Quand même ! Un vendredi après-midi ! Attendre l’autobus trois quart d’heure ! Si la compagnie de bus n’arrive pas à faire face à la demande, qu’on ajoute une concurrente ! Ou qu’on la remplace ! Pourquoi la mairie ne fait-elle rien ?
– Tout est pour le bien, même les retards » répond son mari.
Il prend son livre en main. Ils ont presque une heure de route jusqu’à Jérusalem, plus une heure de trajet à l’intérieur de Jérusalem. Il a une Guemara de poche dans laquelle il a l’intention d’étudier pour profiter de ce temps d’attente.
« A pas prothèse ! » intervient le petit Acher dans la conversation. 
Il touche l’arrière de sa tête, à l’endroit où la prothèse est retenue grâce à un aimant. 
« A pas prothèse, partie !
– A pas quoi ? »
Ruth écarte les boucles blondes de son fils. Elle connaît bien l’endroit où la prothèse doit se trouver. Acher a raison : pas de prothèse !
« Oh ! s’écrie-t-elle, affolée. Où est ta prothèse, Acher ? Quand est-elle tombée ?
– J’sais pas. Pas prothèse, partie ! »
Elle cherche rapidement à l’intérieur de ses habits : la prothèse a peut-être glissé dans sa chemise. Non. L’oreillette est à sa place. La pièce attachée à son vêtement par une épingle à nourrice est là aussi. Mais l’aimant posé sur sa tête, qui transmet les ondes sonores directement au cerveau d’Acher, a disparu.
Le petit Acher est né avec de sérieux troubles auditifs. Il a deux prothèses qui valent chacune plus de 20,000 shekels (environ 4,500 euros). Et voilà que la pièce la plus importante a disparu… Ruth sent ses mains trembler. Elle n’a aucun moyen de se procurer 20,000 shekels pour remplacer la prothèse perdue, sans parler des difficultés d’adaptation et de l’intervention nécessaire pour mettre en place une nouvelle.
« Dans la poussette, peut-être ? propose son mari. Il était assis dans sa poussette avant l’arrivée du bus. La prothèse est peut-être tombée dedans. »
Les passagers demandent au chauffeur d’arrêter le bus. Ils ont entendu que la prothèse était perdue et s’étaient penchés sous leurs sièges pour la chercher. Ils proposent à présent d’arrêter le bus pour la chercher tout de suite dans la poussette. Le chauffeur accepte et freine. Ruth et son mari descendent rapidement, ouvrent la soute à bagages et cherchent dans la poussette. Certains passagers descendent les aider, d’autres scrutent des yeux le sol du bus. Le résultat de ces recherches est décevant : la prothèse n’est pas retrouvée.
« Faites un don à Koupat Ha’ir » suggèrent les gens dans le bus. 
En attendant, Ruth téléphone au Centre National des Malentendants et entend la directrice lui dire de suite, avec assurance : « Faites un don à Koupat Ha’ir. Ils sont spécialisés pour retrouver les prothèses auditives ! »
Ruth n’hésite pas : elle téléphone à Koupat Ha’ir et fait un don. Ensuite, ils descendent de l’autobus et renoncent au chabbat prévu à Jérusalem pour pouvoir continuer à chercher.
Ruth se souvient très bien que la prothèse était à sa place lorsqu’elle a habillé Acher et l’a préparé au départ. Mais pendant la longue attente, ils ont laissé leurs enfants jouer au jardin situé derrière la station de bus. Ils s’y rendent maintenant pour ratisser les lieux.
« Sans le don à Koupat Ha’ir, il n’y aurait même pas de raison de chercher, dit-elle à son mari, le cœur lourd. Cet appareil est tellement délicat que si un enfant le trouve, il l’abîmera sans même le faire exprès. Les chances de le retrouver en bon état sont pratiquement nulles. Mais un don à Koupat Ha’ir change les choses. »
Arrivés au jardin, ils commencent à chercher. Des passants qui les voient se mettent à chercher eux aussi. Le temps passe…
Avant chabbat, Ruth monte rapidement chez elle préparer des petites annonces pour faire connaître la perte de la prothèse. Elle dessine l’objet tant bien que mal et explique en quelques mots à quel point l’objet est important pour eux. Son mari colle les feuilles dans les rues environnantes.
Pendant chabbat, les gens lisent les annonces et se mettent à chercher. Des gens qui ne les connaissent pas, des amis, des voisins. Ruth voit la scène de sa fenêtre et admire l’entraide exceptionnelle de ces inconnus. Le jardin est passé au tamis, des dizaines d’yeux ont observé la station de bus, mais sans résultat.
« Tu n’es pas inquiète ? demande la sœur de Ruth qui les reçoit pour le repas de midi. 
Comme ils avaient prévu de passer le chabbat à Jérusalem, Ruth n’a pas eu le temps de préparer le nécessaire vendredi après-midi. 
– Je ne sais pas comment expliquer cela. Au début, j’étais complètement découragée, mais ensuite, je me suis calmée. Nous avons fait tout ce que nous pouvions, nous avons fait un don à Koupat Ha’ir. J’ai la certitude qu’on retrouvera sa prothèse. »
A la fin du chabbat, ils remettent leurs téléphones en marche au cas où quelqu’un les appelait pour leur dire qu’il avait trouvé l’objet perdu.
« Il est possible qu’on ne le retrouvera pas, dit prudemment le mari de Ruth.
– Je le sais parfaitement, répond Ruth. Je sais que ce que D. voudra, c’est cela qui arrivera. Je sens quand même que le don à Koupat Ha’ir éveille la pitié divine et que nous retrouverons cet appareil. C’est mon sentiment. Mais je peux me tromper, bien sûr. »
Elle ne se trompe pas. Deux heures après l’issue de chabbat, le téléphone sonne.
« Je l’ai trouvée ! annonce un homme. Je me suis assis pour attendre l’autobus à la station et mes mains ont touché le dessous du banc. La prothèse magnétique s’y était collée… Elle est en parfait état ! »
Le mari de Ruth court chez lui et revient, la prothèse posée dans sa main. Acher se met à danser de joie. Pendant tout le chabbat, il entendait si mal. Enfin, il pourra entendre convenablement.
« C’est un miracle ! s’écrie Ruth, émue par la joie de son enfant. Un miracle ! Qui aurait pu l’imaginer ? Ce n’est pas logique. Tout cela n’est pas logique. C’est grâce à Koupat Ha’ir ! »