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« Enfin, mon frère se marie ! soupire Sarah, l’aînée de la famille. Je ne sais pas comment mes parents arrivent à traverser cette période de stress pour chacun de leurs enfants ! »

« Enfin, mon frère se marie ! soupire Sarah, l’aînée de la famille. Je ne sais pas comment mes parents arrivent à traverser cette période de stress pour chacun de leurs enfants ! » Elle s’effondre sur la première chaise qu’elle trouve et tente de détendre ses muscles qui lui font mal. Un instant plus tard, elle se lève déjà d’un bond pour accueillir les invitées qui entrent dans la salle, les accompagner à une table et s’assurer qu’elles sont à l’aise. La cérémonie vient de se terminer. Sa mère est restée près de
la houpa avec quelques invitées qui s’apprêtent à partir.
Sarah est la soeur aînée d’une famille nombreuse.
Voici que Yossi se marie déjà. Qui l’aurait cru ? Pour elle, il est encore l’enfant turbulent qui se dispute avec tout le monde. Certes, les années ont passé et Yossi est devenu un garçon sérieux au coeur d’or… Les pensées défilent dans son esprit mais voilà que de nouvelles invitées arrivent : exclamations, embrassades, cadeaux déposés dans ses mains. 
« Où est ta maman ? » « Elle arrive tout de suite, voilà la table des amies de la famille, vous pourrez y trouver Mme… »
Boum !
L’éclairage s’est éteint.
Que se passe-t-il ? Sarah lève les yeux au plafond comme si la réponse à cette énigme s’y trouvait. Tous les néons sont éteints. Un brusque silence annonce que l’orchestre a perdu la possibilité de se faire entendre. L’absence de flashes fait comprendre à
tous que le photographe est, lui aussi, dans l’incapacité de travailler.
Du côté des hommes, quelqu’un commence à fredonner un chant dans l’obscurité. Personne ne le suit.
Ce genre de mélodies correspond davantage aux heures de minuit qu’au moment où on doit commencer le repas.
Sarah sort en courant vers les bureaux de la salle de mariage. Elle y trouve un responsable debout près de la boite d’électricité ouverte, perplexe.
« Je ne comprends pas où est le problème. Je ne comprends pas, dit-il, découragé. Mes trois salles sont plongées dans l’obscurité. Cela ne m’est jamais arrivé.
– Vous vous occupez de régler le problème, n’est-ce pas ? demande Sarah.
– Bien sûr!
Je n’ai pas le choix! Si un soir de mariages se passe dans l’obscurité, je fais faillite ! »
Sarah s’empresse de quitter les lieux, laissant le propriétaire nerveux toucher un bouton après l’autre.
Elle retourne à la salle et voit que sa jeune soeur a rallumé les bougies ayant été utilisées à la houpa. Sarah passe de table
en table pour s’assurer que toutes les invitées se sentent aussi à l’aise que possible.
Au début, les gens attendent patiemment, puis quand les minutes passent sans que l’électricité ne revienne, les questions
commencent à se faire entendre :
« Vous avez essayé de téléphoner aux propriétaires de la salle? »
«Est-ce qu’on a fait venir un électricien? »
« Je connais un excellent électricien. Je vous conseille de l’appeler! Dites-lui que vous êtes en plein mariage et il arrivera en quelques minutes. Je suis sûre qu’en dix minutes, on aura oublié le problème. »
« Ah ! Les gens aujourd’hui ! Les directeurs ont loué leur salle et une fois qu’ils ont reçu l’argent, on ne peut plus compter sur eux. »
Sarah n’a pas le temps d’apprécier le cocktail de réactions des invités. Elle est soulagée que sa mère soit encore dehors et n’ait pas à affronter l’obscurité en présence des invitées.
Le temps passe. Quelle situation désagréable ! Il n’y a ni orchestre ni photographe, ni lumière dans les toilettes ni climatiseur. L’air devient de plus en plus étouffant.
« Pourquoi ne penses-tu qu’à toi-même ? Pense plutôt aux mariés… » la gronde sa soeur qui passe près d’elle. En réalité, elle ne pensait pas à elle-même à ce moment-là mais plutôt aux invités.
Pourtant, il est vrai qu’elle avait oublié les mariés. Les pauvres ! Ils se trouvent tous deux dans la chambre du yihoud plongée dans le noir. Peut-être ont-ils allumé des bougies... Elle espère qu’ils en avaient.
Sarah sort une nouvelle fois. La tension qui monte ne la laisse pas rester sur place. Le responsable est toujours debout devant la même boite électrique, un portable collé à l’oreille. Il descend un bouton après l’autre et les remonte ensuite, juste pour voir que rien n’a changé.
D’autres personnes énervées se trouvent à côté de lui – ce sont les personnes qui ont loué les autres salles de mariage.
« Il n’a pas même d’éclairage de secours. C’est inadmissible ! » s’écrie l’un d’eux.
Le responsable rougit comme une tomate.
« Il n’a pas de technicien qu’il peut appeler d’urgence, pas d’instructions dans un cas pareil.
Rien ! Nous avons payé cher des salles de luxe et nous recevons un service déplorable. »
Sarah revient dans la salle à petits pas. Elle n’a rien à annoncer aux invités et ne sait que leur dire. Sa mère entrée avant elle tente d’affronter la situation désagréable de son mieux. Toutes les blagues ont été dites. Les bougies sont terminées.
Quel mariage va avoir Yossi ? Dans vingt ans, il en rira, mais ce n’est pas cela qui la rassure pour l’instant.
Déborah, une bonne amie, voit son visage défait.
« Vous devriez peut-être essayer de faire un don à Koupat Ha’ir. – Koupat Ha’ir est une excellente solution pour ceux qu’elle aide, répond Sarah en haussant les épaules. Je ne sais que te dire. J’ai essayé plusieurs fois. J’ai toujours promis : ‘Si mon problème est résolu, je donnerai tant’ et quand il ne l’a pas été, j’ai donné malgré tout. Je suis différente, probablement. Pour moi, cela ne marche pas.
– Pourquoi ne pas essayer quand même ? Ne fais pas de don si cela ne marche pas mais au moins mets les chances de votre côté. Tu ne peux pas arranger le circuit électrique, n’est-ce pas ? Cette panne dure depuis plus d’une demi heure et on dirait que personne ne sait ce qui va se passer. Essaie au moins la seule chose que tu as la possibilité de faire.
– D’accord, je vais essayer. »
La voix de Sarah révèle le peu de chances qu’elle donne à cette possibilité. Elle s’écarte un moment et se met dans un coin. Soudain, une prière l’envahit, profonde, authentique, tout droit de son coeur vers le Ciel. En un instant, un pont direct est formé et elle éprouve un sentiment de proximité qu’on ne perçoit que rarement dans sa vie.
« Si l’électricité revient, je donnerai 18 chékels à Koupat Ha’ir » dit-elle à mi-voix. « Tout ce que D. fait est pour le bien. Mais s’Il veut que notre prière soit accompagnée d’un don à la charité, voilà, j’ai promis un don. »
Elle termine et pousse un profond soupir. Avec sa délicatesse habituelle, Déborah l’avait laissée seule. A présent, une attente inexplicable monte en Sarah. Elle ne donne pas de chances à ce don, cela n’a jamais marché pour elle, elle n’a donné que parce que c’était la seule chose qu’elle pouvait faire pour ce mariage – qu’attendait-elle ? Elle attendait que la lumière revienne.
Malgré ce qu’elle avait dit quelques minutes plus tôt seulement, au plus profond de son coeur, elle savait que la lumière allait revenir à présent.
Et elle est revenue. Cela lui a semblé arriver après une seconde. Après coup, en récapitulant, elle comprit qu’environ deux minutes avaient passé.
La lumière revint d’un coup et éclaira le visage troublé des mères des mariés, des tantes, des amies… En un instant, les moments de tension et de gêne furent oubliés et une joie spontanée éclata. Les musiciens reprirent leurs instruments avec enthousiasme, le photographe se mit à émettre des flashes dans toutes les directions.
On aurait dit que tout le monde voulait compenser les familles des mariés pour les difficiles moments qu’elles venaient de passer…
« Cela valait la peine ! » dirent les yeux brillants de Déborah à ceux de Sarah.
« Cela valait la peine, sourit Sarah. Tu ne peux pas t’imaginer à quel point. A part le mariage qui a repris tournure, j’ai gagné un moment très précieux de prière authentique, du plus profond du coeur. J’ai senti que ma prière montait et j’ai su qu’elle était acceptée. J’ai senti la main de D. m’envelopper. Qui n’a jamais senti cela ne pourra jamais le comprendre. »
Comme Sarah était contente de faire partie de ceux qui ont pu goûter ce précieux sentiment !