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La famille F. est une famille juive non religieuse, presque assimilée. Le père et la mère sont des personnes honorables et connues dans leur lieu d’habitation, une ville touristique suisse pittoresque dans les montagnes.

La famille F. est une famille juive non religieuse, presque assimilée.
Le père et la mère sont des personnes honorables et connues dans leur lieu d’habitation, une ville touristique suisse pittoresque dans les montagnes. Pas la moindre ombre de Judaïsme n’a de place dans ce foyer, ni Chabbat ni Yom Kippour, ni prière ni pomme trempée dans le miel. Rien ! Ils sont éloignés de leurs racines, se gardant à peine des mariages mixtes.
Pourtant, lorsque leur fille de vingt-deux ans se joint à une secte hindoue, leur monde s’effondre. Leur fille unique, intelligente et brillante dans ses études, s’apprêtait à recevoir son diplôme et à commencer sa carrière. Quel coup !
Les pleurs n’ont pas d’effet, pas plus que les tentatives de persuasion. Au début, elle s’est intéressée à cette secte seulement par curiosité, ensuite c’est devenu comme une rébellion. Elle se révolte contre ses parents qui s’opposent si farouchement à son chemin ; elle veut connaître ce qu’ils désirent avec un tel entêtement l’empêcher. Plus tard, elle devient prisonnière de leur propagande et de leur envoûtement, du feu étranger brillant dans leurs yeux, de l’auréole mystérieuse entourant leur chef et ses phrases impénétrables, des lois observées sans discuter par les membres de la secte, des exercices de respiration et de méditation…
Sa culture occidentale lui joue des tours. Aucune valeur, aucun contenu n’emplissent son monde et son âme juive aspire à la spiritualité. Elle sentait un terrible vide, un malaise et un manque qu’elle avait tenté jusqu’alors de noyer dans les notes et dans les examens, ainsi que par une vie sociale dynamique. A présent, un nouveau monde se dévoile à elle : silence, obéissance absolue, mystique… Pour quelqu’un qui avançait jusqu’à présent dans le vide, cette secte semble un univers riche de réflexion et de pensée profonde…
Sonia abandonne tout derrière elle et devient prisonnière, comme sous l’effet d’une sorcellerie.
« Rentre à la maison, ma fille ! » pleure sa mère au téléphone. Que ne lui a-t-elle pas donné ? Elle ne l’a privée de rien ! Elle lui a tout offert avant même qu’elle ne l’ait demandé : les plus beaux vêtements, les aliments les plus coûteux, une voiture à la mode, une chambre de luxe, les appareils électroniques les plus performants…
Sonia ne veut rien entendre. « J’ai trouvé ce que je cherchais toute ma vie. N’essaie pas de me demander de revenir ! répond-elle d’un ton sans retour.
– Tu ne comprends pas ?! Tu es prisonnière, ensorcelée ! Rentre et nous parlerons de tout cela… Si tu décides ensuite que tu veux retourner là-bas, nous ne t’en empêcherons pas… »
Mais sa fille sait bien que si elle rentre chez ses parents, l’envoûtement disparaîtra, la bulle éclatera et le flottement dans les domaines de l’infini sera coupé.
Elle coupe définitivement son portable. De toute façon, dans les lieux reculés où elle habite, il n’est pas facile de se brancher à la batterie d’une voiture de passage pour remplir ses piles.
Un mois passe sans aucune nouvelle. « Que lui font-ils, à ma fille ? » pleure la mère aux oreilles de son mari.
Pourquoi ne répond-elle pas au téléphone ? Pourquoi n’écrit-elle pas ? Pourquoi ne donne-t-elle pas le moindre signe de vie ? Que lui font-ils ? Qu’ont-ils fait à sa raison ? Reverra-t-elle sa fille un jour ?
Leur maison spacieuse devient silencieuse et éteinte. Ils ne trouvent plus de goût à rien, ni à un poulet au four, ni au renouvellement de leur salon, ni à l’achat d’un nouveau lustre. A quoi sert-il de décorer la maison de leurs rêves si leur seule descendante marche au fond de sentiers de terre battue et vend son âme au Mal ?
« Réserve-moi une place dans une maison de fous… Je vais bientôt y arriver, que je le veuille ou non ! sanglote la mère. Ma fille unique a disparu ! Que vais-je devenir ? Je devrais peut-être partir en Inde et la ramener de force ? »
Elle se met à envisager des idées plus ou moins fantaisistes, à demander les dates des billets d’avions, Suisse à interroger les guides touristiques… L’Inde est emplie de cultes idolâtres, de gourous charismatiques et d’équipes de fanatiques frappés d’aveuglement.
Trouver une jeune fille dans une secte dont on ne connaît pas le nom, dans une région inconnue, en sachant que cette jeune fille cherchera à échapper aux regards, c’est chercher une aiguille dans une botte de foin.
« Ma fille s’est perdue et ma femme va elle aussi se perdre » dit le père brisé. Comprendra-t-elle d’elle même la sottise de ses tentatives ?
Un mois de plus passe. L’été cède la place à l’hiver et, face à la cheminée, la mère est assise, pâle et le regard vide. Devant elle est pendue la photo de sa fille Sonia. Une Sonia souriante, pleine de vie. Combien de temps a-t-il passé depuis qu’on a pris cette photo ? Six mois seulement…
Sur le canapé sont posés des albums de photos. Elle les feuillette et ses yeux s’emplissent de larmes.
« Elle n’est pas morte ! Elle est en vie ! s’exclame le père lorsqu’il rentre du travail. Tu as l’air d’être en deuil. Elle est vivante !
Comment le sais-tu ? répond la femme d’une voix enrouée par les pleurs. Comment le savoir ? Cela fait presque six mois que je n’ai pas entendu sa voix. Je ne sais pas où elle est, je ne sais pas ce qui lui arrive, je ne sais pas avec qui elle a affaire ! J’avais une fille et elle n’est plus ! »
Elle se remet à pleurer. Sa vie n’a plus de goût.
« Fais-toi une raison, remets-toi ! Va faire des courses, va voir des amies ! Tu transformes notre vie en une tragédie ! » Il devient impatient. Lui aussi a mal, lui aussi est bouleversé, mais à quoi servent les larmes ?
Le visage tourmenté de sa mère éveillera-t-il en sa fille le désir de rentrer ?
« Des courses, des amies ? Je n’ai aucune envie de voir des amies et d’écouter leurs conversations futiles ! Cela n’a aucun intérêt pour moi qui souffre tant ! »
Un mois de plus passe. Le printemps revient et les arbres bourgeonnent. Le jardin si bien soigné s’emplit de couleurs et de parfums, de la beauté captivante de la nature s’éveillant de son sommeil d’hiver. La mère ne voit rien. Elle regarde par la fenêtre et ne désire voir qu’une chose : sa fille…
« Cette semaine, c’est ton anniversaire » annonce le père à son épouse. Une douleur aigue lui perce le coeur. Chaque année, sa fille fêtait son anniversaire en sa compagnie, lui offrait un cadeau et préparait une cassette de nouveaux chants. La famille passait une soirée agréable et chaleureuse. Depuis que sa fille grandît, jamais ne passait un anniversaire qui ne fût une fête pour l’oeil et pour le coeur. Et à présent…
« Va t’acheter quelque chose pour ton anniversaire, répète le père, constatant que son épouse ne l’a pas entendu.
– Pour mon anniversaire ? dit-elle avec amertume.
– Oui, va t’acheter quelque chose. Je n’accepte aucune excuse ! Tu as une semaine entière et je veux quelque chose de nouveau : un meuble, un appareil, ce que tu veux. Un anniversaire, c’est un anniversaire, un point c’est tout ! »
Elle le regarde surprise et garde le silence. Comment peut-elle se réjouir ? Pourtant, elle sort faire le tour des magasins sans
que rien ne lui donne envie. Sa carte bancaire se trouve dans son porte-monnaie et elle peut tirer des sommes énormes. Dans un magasin, son regard se porte sur le bulletin de Koupat Ha’ir. Elle le prend distraitement en main et parcourt des yeux les articles qu’elle ne comprend pas très bien.
Rav Kaniewsky ? La bénédiction des tsaddikim ? Faire un don ? Familles nécessiteuses ?
Certes, elle connaît des organisations humanitaires comme la Croix Rouge. Ce n’est pas d’elles qu’il s’agit ici. Elle poursuit sa lecture et parvient aux pages des « yechouot », les solutions miraculeuses à toutes sortes de problèmes.
Elle lit une histoire et est impressionnée, une deuxième et s’émeut. La force de la prière, la puissance de la tsédaka… A-t-elle une place dans tout cela ?
Cependant, une âme juive réside en elle et cette âme là s’éveille soudain.
« Peut-être que mon problème se résoudra grâce à cela ? pense-t-elle. Qu’ai-je à perdre ? Les sommes proposées sont minimes : vingt euros, quarante, cent quatre-vingt. Ce n’est rien ! »
Elle décide d’essayer, mais en donnant une somme bien plus importante !
Elle déchire le numéro de téléphone inscrit sur le bulletin et rentre chez elle. Une pensée l’obsède. Peut être la solution se trouve
ici ? Ici… Ici !
Elle téléphone et fait un don généreux, à dire vrai très inhabituel.
La secrétaire demande avec amabilité : « Désirez vous transmettre un nom pour que les Rabbanim prient ? » Elle est certaine que telle est la requête de cette personne qui offre, un jour de semaine ordinaire, une somme aussi importante.
« Un nom ? Les Rabbanim prient ? De quoi s’agit-il exactement ? »
La téléphoniste explique en termes simples que les Grands Maîtres juifs bénissent les donateurs et prient pour eux. D. écoute leurs prières et y répond.
« Oui, bien sûr que je suis intéressée ! C’est exactement ce dont j’ai besoin !
– Quel est votre nom ?
– Je n’ai pas besoin qu’on prie pour moi. Je voudrais qu’on prie pour ma fille. C’est possible ? Ma fille se trouve dans une situation terrible » ajoute-t-elle d’une voix brisée.
La secrétaire s’empresse de la rassurer ; elle note les noms et les envoie par fax en Israël.
La mère de Sonia s’effondre sur le divan. Les albums de photos n’attirent plus son regard. Elle est bouleversée et épuisée par cet effort spirituel, par sa conversation surprenante et par ce nouvel espoir qui l’habite.
Est-ce que cela pourra… Est-ce que cela pourra faire quelque chose ? Son mari la prendra peut-être pour une sotte, il craindra peut-être qu’elle aussi s’attache à la mystique…
Elle laisse l’espoir l’envahir, non sans entendre une voix intérieure qui la met en garde contre une déception possible. Quelque chose va peut-être arriver…
Deux heures passent. La sonnerie du téléphone l’arrache à ses rêveries.
Une voix douce et tant aimée est au bout du fil : « Maman ? Maman ? C’est dans quelques jours ton anniversaire, n’est-ce pas ? Je ne peux plus attendre. J’arrive ! »
Sa mère se frotte les yeux. Est-ce qu’elle rêve ? Est-ce vrai ? L’air lui manque soudain.
« C’est toi ? Sonia ? demande-t-elle et ses sanglots éclatent sans contrôle. C’est vraiment toi ?
– Maman, n’entends-tu pas que c’est moi ? C’est vrai que plusieurs mois ont passé mais je te languis tellement.
Le jour de ton anniversaire, je serai auprès de vous ! »
Lorsque son mari rentre, il trouve son épouse ivre de joie. Elle lui raconte des propos incohérents à propos de bénédiction, de Rabbanim et de sa fille qui vient de téléphoner. Elle rit et pleure à tour de rôle, incapable d’expliquer que tout cela est si vrai qu’elle en tremble...
Il hausse les épaules et pense que, si sa femme n’a pas perdu la raison de douleur, il reverra sa fille dans deux ou trois jours.
La veille de l’anniversaire, la sonnette se fait entendre. C’est le son le plus agréable qu’ils aient jamais entendu. Sonia est debout à la porte, souriante. Elle est saisie si fort dans les bras de ses parents qu’elle en perd presque le souffle.
Ce fut vraiment un « bon anniversaire », un anniversaire qui a donné lieu à de longues conversations jusque tard dans la nuit, des discussions entre des parents dont l’amour est manifeste et une jeune fille qui a connu un monde nouveau et étranger.
Ils lui montrent des points contradictoires et elle réfléchit, sérieusement cette fois. Ils lui montrent ce qui arrivera à l’avenir. Ils lui expliquent que son monde se rétrécira autour d’une idole insignifiante et qu’il sera trop tard lorsqu’elle en prendra conscience. Elle écoute et les choses pénètrent peu à peu dans son esprit.
Elle est venue pour deux jours mais elle en reste trois, puis cinq. Après deux semaines, elle vide ses valises et affirme sa décision de rester.
Ce n’était pas seulement un bon anniversaire… Une jeune fille juive a été sauvée de la destruction. Son âme était proche d’une coupure totale et définitive avec son peuple. Sa vie spirituelle a été sauvée d’une destruction certaine.