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« Une minute, ma chérie » dit Chochana en courant vers la cuisine. Elle mit rapidement de l’eau à bouillir. « Dans quelques instants, tu auras ton biberon ».

« Une minute, ma chérie » dit Chochana en courant  vers la cuisine. Elle mit rapidement de l’eau à bouillir. « Dans quelques instants, tu auras ton biberon ».
Le bébé continua à geindre quelques secondes puis se tut.
« Elle comprend déjà ! se dit Chochana avec satisfaction. Si petits, les bébés comprennent que leur mère va s’occuper d’eux. Ils reconnaissent sa voix et attendent sagement. »
Elle agita le biberon et s’approcha de la poussette où sa fille était couchée. Quelque chose dans son visage l’inquiéta. Près d’elle, sa soeur de deux ans la regardait d’un air amusé.
« Qu’est-ce que tu lui as fait ? » s’écria Chochana sans s’en rendre compte. Elle souleva le bébé et le secoua mais il ne réagit pas. Son corps était mou et ses lèvres bleues.
« Qu’est-ce que tu lui as fait ? Qu’est-ce qui s’est passé ? »
A présent, elle était entrain de crier de toutes ses forces. Mais la petite fille ne fit que la regarder les yeux arrondis de frayeur et ne répondit rien. Soudain, dans la petite bouche qui s’entrouvrit, Chochana aperçut une boule brillante tout au fond, enfoncée dans la gorge. Elle trembla de tous ses membres.
Elle reconnut tout de suite cette boule ; elle l’avait tenue en main quelques minutes plus tôt. C’était une perle attachée à une boucle d’oreille de fer toute simple, formée d’une grande agrafe et d’une petite chaîne ornée de deux perles.
Quelques minutes plus tôt, elle avait lavé le sol et avait trouvé cette boucle d’oreille par terre.
Elle pensait qu’elle appartenait à l’une des dames qui participaient à son groupe de Téhillim (récitation des Psaumes) qui se réunissait chez tous les Chabbat après-midi. Elle l’avait donc posée sur l’armoire pour pouvoir la rendre à sa propriétaire deux jours plus tard, le Chabbat. Cela faisait presque une semaine que la perle se cachait dans un coin. Elle venait de la ramasser et la voilà maintenant plongée dans la gorge de son bébé !
Les pensées défilèrent dans son esprit à une vitesse étourdissante. Si elle voyait seulement une perle, cela voulait dire que tout le reste se trouvait profondément à l’intérieur de la gorge ! L’agrafe ouverte s’y était certainement attrapée, tout au fond ! Comment pouvait-elle la tirer ? Pendant ce temps, le bébé ne respirait pas et devenait de plus en plus bleue.
« Au secours ! » se mit-elle à hurler. Sans savoir ce qu’elle faisait, elle téléphona aux secours Maguen David Adom.
« Ma fille s’étouffe ! Elle étouffe ! » cria-t-elle. Ses mains tremblaient sans contrôle ; elle craignait de lâcher le bébé de ses bras.
« Quelle est votre adresse ? » La téléphoniste ne perdit pas ses esprits. Chochana lui répondit tout en frappant le dos de sa petite qu’elle tenait à l’envers.
Elle tenta de mettre le doigt dans sa bouche et de saisir la boucle d’oreille. Elle entendit au téléphone le hurlement de la sirène, signe que l’ambulance venait de partir. La téléphoniste tenta de la guider par téléphone.
« Elle étouffe ! Elle est toute bleue, vous ne comprenez pas ? » répondit Chochana, affolée.
« Cessez donc de crier et faites quelque chose pour votre enfant ! » La voix posée de la téléphoniste la ramena à la réalité.
« Mettez votre doigt dans sa bouche et essayez de sortir l’objet, avec l’ongle, très doucement ».
Elle renversa l’enfant inanimée et lui ouvrit la bouche. La perle se trouvait là, tout au fond. Elle tenta d’introduire son doigt quand une quinte de toux et un jaillissement de sang la terrorisèrent.
On ne voyait plus la perle et le bébé se mit à suffoquer.
Le sang qui sortit de sa bouche paralysa Chochana.
« Elle l’a avalé ! gémit-elle.
– Que se passe-t-il à présent ? Le bébé respire ?
– Oui, je pense que oui. Voilà, elle essaie de prendre
de l’air. Elle lutte pour avoir de l’oxygène. »
La porte s’ouvrit brusquement. Un volontaire de Hatsala bondit à l’intérieur et lui arracha le bébé des mains. Le combiné lui échappa et elle observa ses gestes. Il agita l’enfant et écouta sa respiration. Il regarda dans sa bouche, tentant de voir jusqu’au fond. C’est à ce moment-là qu’entrèrent les ambulanciers de Maguen David Adom.
« Comment va-t-elle ? Elle est vivante ? Elle va vivre ? » Chochana était sur le point de défaillir.
« Elle est vivante, oui. Mais elle est en grand danger. Nous l’amenons tout de suite à l’hôpital. Déposez votre autre fille chez une voisine et venez avec nous ».
Le volontaire de Hatsala était déjà en train de frapper à la porte d’en face, sa main dans celle de la petite fille. Chochana descendit, tremblante, vers l’ambulance qui l’attendait en bas.
Les ambulanciers continuèrent à donner de l’oxygène au bébé dans l’ambulance. Chochana leur décrivit la boucle d’oreille et ce qui venait de se passer. Combien de temps tout cela avait pris ?
Probablement pas plus de cinq minutes. Les cinq minutes les plus longues de sa vie.
« Si la boucle d’oreille est entrée dans la trachée artère, il n’y a pas d’espoir ». L’ambulancier très pessimiste décida de lui faire partager son sentiment. Peut-être voulait-il la préparer au pire. « Cette agrafe lui déchirera le poumon… Sa
respiration risque de s’arrêter d’un moment à l’autre ».
Chochana se sentait près de perdre la raison.
L’ambulance filait dans les rues de Jérusalem, accompagnée du hurlement de la sirène qui lui glaçait le sang. Son magnifique bébé était couché à ses côtés.
« Une si grosse boucle d’oreille et un si petit bébé ! » sanglotait-elle, désespérée. L’infirmier la regarda d’un air empli de pitié.
« Priez, vous n’avez pas beaucoup de chances autrement ».
Quelque chose dans ses paroles pénétra soudain sa conscience.
« Mon D. ! Je vais faire un don à Koupat Ha’ir ! »
Elle avait si souvent lu les histoires racontées dans les bulletins. Les bulletins spéciaux distribués à Souccot et à Hanouka étaient posés bien en évidence chez elle et elle les relisait souvent.
A présent, les mots qui y étaient écrits lui revinrent. « Je vais faire un don à Koupat Ha’ir ! dit-elle soudain d’une voix forte. Vous verrez, monsieur, que mon bébé sera sauvé. Dès que je sortirai de cette ambulance, je ferai un don ! »
Il la regarda à nouveau d’un air empli de pitié : réfléchissait-elle de façon logique ou la tragédie l’avait-elle privée de la raison ?
« Vous ne comprenez pas la situation ? » demanda- t-il. Il écouta la respiration haletante du bébé, craignant qu’elle ne s’arrête à chaque instant.
Chochana suivit son regard et comprit ce qu’il voulait lui dire.
« Je comprends plus que vous ne le croyez » répondit- elle. Sa voix tremblait encore mais une nouvelle vivacité s’y sentait. « Et je sais ce que vous, vous ne savez pas. La charité sauve de la mort ! »
Les mots qu’elle venait de prononcer lui redonnèrent du courage. Si elle avait un portable sur elle, elle aurait déjà téléphoné à Koupat Ha’ir. Mais dans la panique de son départ, elle l’avait laissé chez elle et il lui fallait maintenant chercher une cabine téléphonique.
L’ambulance freina devant la Salle des Urgences. Déjà mis au courant, un médecin s’empressa à leur rencontre. Il prit l’enfant et l’observa attentivement.
Il posa son oreille sur sa poitrine pour écouter sa respiration et lui prit le pouls. Son expression n’annonçait rien de bon.
« Tout de suite à la radio ! »
Un infirmier prit l’enfant et se mit à marcher à toute vitesse dans le long corridor.
Chochana le suivit en courant, sentant à nouveau son coeur battre à tout rompre. Le médecin marchait derrière elle.
« Qu’est-ce qu’il va se passer ? demanda-t-elle, sans forces.
– Cela dépend de l’endroit où la boucle s’est arrêtée, dit le médecin. Cela dépend où elle se trouve.
Si elle est dans les poumons… Elle est si petite, votre fille.
– Mais elle va vivre, docteur ! Elle va vivre ! Je vais donner la charité à Koupat Ha’ir et vous verrez que cela va la sauver ! »
Elle vit son regard interloqué et choisit de ne pas
en faire cas. A la première occasion, elle s’arrêta devant une cabine et téléphona à Koupat Ha’ir.
Les minutes pendant lesquelles elle attendit les résultats de la radio furent difficiles à supporter.
Elle était seule dans le couloir, perdue. Où était la boucle d’oreille ? Dans les poumons ? Pas dans les poumons ?
« Elle va vivre ! Elle va vivre parce que la charité sauve de la mort ! J’ai fait un don là où le recommandent les plus grands Rabbanim. Le reste est dans les mains du Tout-Puissant ».
Le médecin sortit et elle lut la réponse sur son visage. « La boucle d’oreille se trouve dans l’estomac ! »
Chochana laissa s’échapper l’air contenu en elle.
« Il faut réfléchir que faire maintenant. Elle ne descendra pas toute seule et, si elle descend, elle se coincera quelque part dans les intestins. Cela peut  provoquer des catastrophes. Il n’y aura probablement pas d’autre issue que d’opérer.
– Elle est si petite ! Quatre mois seulement ! répondit-elle d’une voix brisée. On ne peut pas sortir la boucle d’une autre façon ?
– Il aurait peut-être été possible de l’aspirer, si ce n’était cette immense agrafe. Elle risque de s’attraper dans l’oesophage et de le déchirer au fur et à mesure qu’on l’aspirera. »
Chochana se recroquevilla sur elle-même à cette idée.
« En tous cas, nous allons pour l’instant attendre un peu et voir ce qu’il se passe ».
On était jeudi soir et « attendre un peu » voulait dire une hospitalisation. Qu’allait-elle faire Chabbat ?
Comment allait sa fille déposée chez la voisine ? Tout fut mis de côté. Maintenant, la vie et la santé de son bébé étaient sur la balance.
Chochana ne réussit pas à dormir cette nuit-là. Après que son bébé se fut endormi, elle arpenta le couloir de l’hôpital pendant des heures. Son mari était venu à l’hôpital dès que les voisins lui avaient raconté l’incident mais il était reparti ensuite pour garder sa fille à la maison. Elle s’était retrouvée à nouveau seule.
« Quand l’opération aura-t-elle lieu ? lui demandèrent les autres mères qui veillaient leur enfant à l’hôpital.
– Il n’y aura pas d’opération ! répondit Chochana.
Nous avons fait un don à Koupat Ha’ir et il ne reste qu’à attendre. Le bébé a été sauvé par miracle, les médecins le reconnaissent. Il aurait été plus plausible que la boucle passe dans la trachée-artère que dans l’oesophage. Nous prions sans cesse et nous avons donné la charité. Il n’y aura pas d’opération ! »
Les autres mères hochèrent la tête.
« Qui est la maman qui donne des boucles d’oreille
pour le repas du soir ? » La voie gaie de l’infirmière emplit le service à cette heure matinale.
« C’est elle ! Celle qui a fait un don à Koupat Ha’ir ! » répondit une mère en plaisantant, désignant Chochana du doigt.
« Vous verrez ! Rira bien qui rira le dernier » répliqua Chochana avec un calme qui la surprit elle-même.
« Le médecin doit bientôt venir pour décider de la marche à suivre ».
L’infirmière s’efforçait certes de faire régner la bonne humeur dans le service mais le coeur de Chochana se serra. Le bébé mangea et se rendormit, et Chochana continua à prier et à réciter des Téhillim.
« La perle qui a avalé une perle, à la salle de soins s’il vous plaît ! »
Les gens sourirent en entendant l’annonce émanant de l’amplificateur. Ceux qui étaient là depuis quelques jours avaient eu le temps de faire connaissance avec les jeux de mots de l’infirmière en chef. Chochanan sursauta.
« Allez-y ! C’est votre tour ! lui dit sa voisine de chambre.
Avez-vous déjà fait un don à Koupat Ha’ir ce matin ?
– Pas encore. Mais je vais le faire tout de suite. Et vous verrez ! Cette expression de l’infirmière ‘la perle qui a avalé une perle’ sera le nom de notre histoire dans le bulletin de Koupat Ha’ir ! »
Le médecin l’attendait.
« Nous allons refaire une radio et voir ce qu’il se passe ».
Chochana hocha la tête.
« Et… Je voudrais que vous sachiez que votre bébé est encore en danger mortel. Ce bijou est formé d’une agrafe de fer pointue. Tant que nous ne l’aurons pas vu sortir, votre fille est en danger. Vous êtes des Juifs religieux… Priez !
– Nous prions, docteur. Nous prions de toutes nos forces et nous avons donné de l’argent à la charité. La charité peut sauver de la mort. Vous verrez que nous sortirons d’ici en bonne santé, sans opération.
– Il n’y a pas d’autre choix qu’une opération chirurgicale.
– Je n’interviendrai pas dans vos considérations médicales. Dites-moi ce qu’il faut faire pour lui sauver la vie, et nous demanderons à nos Rabbanim ce qu’il faut décider. »
On fit une nouvelle radio dont elle attendit, tremblante, le résultat.
« L’estomac est enflé. La boucle et tout ce qui s’est accumulé autour bouchent l’issue de l’estomac. On ne peut pas laisser les choses comme cela. »
Le médecin ne voulait pas répéter le mot « opération » mais Chochana comprit son intention.
« Quand ? demanda-t-elle simplement en se forçant à respirer normalement.
– Nous allons attendre encore. Dans trois heures, nous referons une radio. »
Le médecin n’était pas lui non plus très enchanté à l’idée d’une opération. Le bébé était si petit…
Chochana et son mari décidèrent de faire un don supplémentaire à Koupat Ha’ir. Lorsqu’elle vit le médecin passer dans le couloir, elle s’approcha de lui : « Docteur ! Nous avons donné la charité à nouveau. Vous verrez que son état va s’améliorer ! »
Il la regarda avec un mélange de pitié et de dérision.
« Je devais lui dire cela afin de le croire moi-même, expliqua Chochana à la mère occupant la même chambre qu’elle. Vous comprenez, je suis une femme tout à fait normale, réaliste. Croire que la charité va faire des miracles, ce n’est pas tellement dans mon caractère. Il y a des gens qui croient à tout. Moi, non. Mais même si c’est difficile, nous croyons ! C’est un verset explicite. Le Tout- Puissant peut faire tout et nous, nous prions et nous donnons la charité. D. agrée le mérite de la charité. »
Après trois heures, ils furent appelés à nouveau à la radio. Le Chabbat approchait.
« Les gaz se sont dissipés. La boucle est entourée par le contenu de l’estomac et semble descendre très lentement, expliqua le médecin. Je pense que nous allons vous garder en observation. Nous verrons ce qui se passera sans notre intervention. »
Chochana sourit, son regard s’éclaira, mais elle veilla à ne pas dire un mot. Le médecin se souvenait certainement de son don et de son affirmation trois heures plus tôt.
Les gardes se succédèrent et un autre médecin remplaça le médecin du service. Deux heures avant Chabbat, elle les envoya faire une nouvelle radio.
« La boucle descend, lui annonça-t-elle joyeusement. Vous savez, un trajet comme cela dans l’intestin peut prendre même une semaine. Rentrez chez vous et, s’il y a du nouveau, revenez tout de suite. Soyez attentive.
– Vous voulez dire que…
– Oui, vous pouvez rentrer chez vous. Mais soyez
attentive et ne négligez pas le moindre signe ! »
Chochana la regarda, les yeux écarquillés.
De retour chez elle, elle posa son bébé dans son berceau et fondit en larmes. Voici quelques heures seulement, elle n’osait pas espérer ramener sa fille vivante chez elle et les voici revenues ! Mais la dangereuse boucle d’oreille se promenait encore
dans son ventre. Elle ressentit une peur terrible, la peur de l’inconnu.
Chabbat après-midi, les membres du groupe de Téhillim arrivèrent chez elle comme d’habitude.
Elle prépara les chaises dans le salon et distribua les livres tout en racontant aux dames et aux jeunes filles présentes le drame qui s’était passé là deux jours plus tôt. L’une des jeunes filles sursauta : « De quoi avait-elle l’air, cette boucle d’oreille ? »
demanda-t-elle d’une voix tremblante. Chochana lui en décrivit la couleur et la forme.
« C’est la mienne ! murmura-t-elle. Oh lala ! C’est dommage que vous ne l’avez pas jetée ! Elle était déjà un peu rouillée. »
L’une des dames, l’épouse d’un Rav célèbre, la regarda.« Ne te fais pas de reproches. Ce n’est pas à cause de toi que la boucle est entrée dans l’intestin du bébé. Mais il faut prier. Nous allons toutes prier aujourd’hui avec plus de force. Nous dirons les Téhillim pour le mérite du petit bébé. »
Chochana hocha la tête. Des larmes lui montèrent
aux yeux.
« Amenez le bébé ici dans sa poussette, demanda- t-elle. Lorsque nous la verrons, nous prierons avec plus de ferveur. Le Chabbat, la guérison est proche ! »
Chochana déposa le bébé dans la poussette et la fit entrer au salon. Les dames commencèrent à lire les Téhillim. De nombreux regards caressèrent le petit visage.
Vers la fin, le bébé se mit à pleurer. Chochana la souleva et vit que son visage était rougi par l’effort.
« Je crois qu’il faut que je la change » dit Chochana, les mains tremblantes. Toutes comprirent ce que cela voulait dire.
« Attendez. Nous allons d’abord terminer ». La même dame, l’épouse du Rav, leur transmit son calme et sa force intérieurs.        « Nous dirons le Yehi Ratson qui termine le livre et vous y irez ensuite vous occuper d’elle. »
Chochana serra le bébé contre elle. Les dames conclurent leur lecture puis elle se leva et entra dans sa chambre.
Ce qu’elle vit fit battre son coeur plus vite. A nouveau, on voyait une perle unique. La deuxième perle et l’agrafe qui y était attachée se trouvaient à l’intérieur. Elle tenta de la dégager délicatement mais n’y parvint pas. Le bébé se mit à pleurer et de petites gouttes de sang apparurent.
« C’est une urgence, un cas de danger. Je dois aller à l’hôpital ! »
Chochana en était sûre mais, pour plus de sécurité, son mari courut poser la question à un Rav qui habitait à proximité. Au retour, il passa par une organisation d’aide aux malades et demanda une ambulance. Elle enveloppa le bébé d’une couverture et descendit dans la rue.
A l’hôpital, le médecin de garde examina l’enfant
et recula. « Je ne touche pas à cela ! dit-il. Je ne peux pas sortir la boucle d’oreille sans causer de dommages. C’est le rôle d’un chirurgien. »
Il appela un chirurgien. Chochana entendit à nouveau plusieurs fois le mot « opération ».
« C’est Chabbat. Je n’ai personne à qui demander, je ne peux pas aller chez un Rav » dit Chochana.
Comme il lui était difficile de traverser cette épreuve ! Le médecin la regarda avec pitié et alla chercher un autre médecin. Tous deux examinèrent l’enfant, réfléchirent et se consultèrent.
« Je vais essayer de l’enlever sans opérer, dit le deuxième médecin à Chochana. Priez, c’est tout ce que je peux vous proposer. Le bébé va pleurer un peu mais cela ne fait pas très mal. Si nous réussissons, tant mieux. Sinon, il n’y aura pas d’autre choix que d’opérer. Et une opération pareille n’est pas sympathique du tout.
– Vous serez l’émissaire du Créateur, et je prierai dehors », répondit-elle, les larmes coulant le long
de ses joues. Après Chabbat, nous donnerons à nouveau de l’argent à Koupat Ha’ir, poursuivit -elle en pensée.
Chochana resta debout à la porte de la salle de soins et entendit son bébé crier. Le bébé continua à crier d’une voix déchirante et Chochana cria sans voix.
La porte de la salle de soins s’ouvrit. Le médecin sortit, la boucle d’oreille dans la paume de sa
main… « Votre enfant a été sauvée par miracle ! » lui dit l’infirmière qui tenait le bébé dans ses bras. Chochana embrassa son bébé et mouilla son visage de ses larmes.
« Et vous verrez ! Cette expression de l’infirmière ‘la perle qui a avalé une perle’ sera le nom de notre histoire dans le bulletin de Koupat Ha’ir ! »