Passer au contenu Passer au menu Menu daccessibilité

David n’était pas venu en Israël depuis son mariage. A plusieurs reprises, il avait pensé faire ses bagages et prendre l’avion mais son projet ne s’était jamais concrétisé.

Raconté par un ami du héros de l’histoire, Mr Aharon Teller, n° de téléphone :00-972-50-4111200

David n’était pas venu en Israël depuis son mariage. A plusieurs reprises, il avait pensé faire ses bagages et prendre l’avion mais son projet ne s’était jamais concrétisé. Lorsqu’il était jeune, il avait parcouru la terre sainte en tous sens ; il avait eu le privilège de prier devant le Kotel et devant les tombes des tsadikim. Mais depuis qu’il était retourné aux Etats-Unis et avait fondé un foyer, il n’avait pas refait le voyage.
Après la naissance de chacun de ses enfants, il avait eu envie d’aller remercier le Créateur près de la Porte du Ciel, au Kotel, mais il ne pouvait pas laisser son épouse toute seule. Avant la première bar mitsva, il était persuadé qu’il partirait en Israël, quoiqu’il arriverait, mais cela ne s’était pas réalisé non plus. Le premier mariage aussi arriva sans qu’il parvînt à tout quitter et à prendre l’avion.
« Un jour, nous ferons ce voyage tous ensemble, vous verrez ! » promit-il à ses enfants.
Ce jour-là était enfin arrivé. David acheta des billets pour tout le monde : lui-même, sa femme et ses enfants, célibataires et mariés. Il réserva des places dans un hôtel de Jérusalem et toute la famille attendit impatiemment le merveilleux voyage prévu.
Ils préparèrent leurs bagages avec joie, vêtements, biberons, provisions pour le voyage, sans oublier leur appareil photo numérique de grande marque. Ils achetèrent une puce mémoire de grande capacité et s’apprêtaient à immortaliser chaque
détail. Plus de vingt ans avaient passé depuis son premier voyage. Qui savait combien d’années allaient passer jusqu’à ce qu’ils aient l’occasion de le refaire ?
Le voyage fut splendide, bien plus beau que ce qu’ils s’étaient imaginés. Ils ne se lassaient pas de respirer, de regarder, de graver dans leur mémoire et aussi… de prendre des photos. Ils commencèrent par le Kotel, la tombe de Chimon Hatsaddik, la Vieille Ville et la source du Chiloah, puis passèrent à la nouvelle ville et aux quartiers qui l’entouraient. Chaque excursion leur paraissait plus belle que celle de la veille.
« Une fois tous les vingt ou vingt-cinq ans, on ne fait pas d’économies » disait David. Ils ne se privèrent pas de taxis et ne refusèrent pas de payer l’entrée de nombreux lieux touristiques.
Lorsqu’ils eurent terminé de visiter Jérusalem, ils louèrent un minibus et firent des excursions plus longues. Miron, Amouka, Tsfat, Tvéria, Hatsor Haglilit, les tombes de Tanaïm et des Amoraïm… Des paysages enchanteurs, des panoramas à couper le souffle. Après le nord, ils visitèrent le sud : les cirques de Yerouham, le ruisseau de Tsin, la Méarat Hakémah, Mitspé Ramon,
Matsada, Eyn Guédi… Ils escaladèrent des montagnes puis descendirent dans les vallées sans cesser de s’émerveiller de la beauté du pays.
L’appareil photo numérique crépitait sans arrêt. Il n’y avait pas une seule crevasse qu’ils ne voulaient pas prendre en photo. Il n’y avait pas de pierre ancienne qu’ils acceptèrent de laisser passer.
« Papa ! Il faut vider l’appareil ! Il n’y aura bientôt plus de photos ! » C’était leur jeune fils qui s’aperçut que la mémoire serait bientôt à capacité.
Dans n’importe quel magasin de photo, on pouvait copier les photos de la puce à un disque, puis continuer à photographier presque sans limites.
« Rappelez-le moi lorsque j’irai en ville, leur dit David. J’irai dans un magasin et je le ferai. Ce ne serait pas agréable de se retrouver sans appareil photo ! »
Son fils se rappela qu’il fallait le lui rappeler.
Lorsque David s’apprêta à quitter l’hôtel pour quelques courses au centre ville, il courut derrière lui et lui mit l’appareil photo dans la main.
« Heureusement que je me suis rappelé ! » lança-til en lui faisant au revoir de la main alors que David montait dans un taxi. Quelques heures plus tard, il n’était plus tellement sûr qu’il avait bien fait de se rappeler…
Une minute après être sorti du taxi, David se rendit compte qu’il avait oublié l’appareil sur le siège. Il resta debout sur le trottoir, consterné. Il tenait son sac d’une main, son portable se trouvait dans la poche. La main qui tenait auparavant l’appareil photo… était vide !
Aïe ! Ce fut un coup dur pour lui. Comment expliquer maintenant à sa famille que l’appareil photo avait disparu ?
Ils devaient bientôt rentrer aux Etats-Unis et la puce contenait tous leurs clichés : le Kotel, le sud, le nord…
Refaire toutes les excursions ? C’était impossible, et ridicule aussi.
Il ne connaissait pas le nom de la compagnie de taxis et n’avait pas le moindre indice pour retrouver le chauffeur. Le pire, c’était que le chauffeur n’avait pas non plus d’indice pour le retrouver, même s’il était honnête et voulait lui rendre l’appareil.
David avait pris le taxi près de son hôtel et était descendu en pleine ville.
« Peut-être retournera-t-il à l’hôtel ? » se dit David, plein d’espoir.
Il savait que la nouvelle de la disparition de l’appareil serait très pénible pour sa famille. Voilà vingt ans qu’il attendait ce voyage et à présent, toutes les photos avaient disparu en un instant d’inattention.
Il fit la seule chose qu’il pouvait faire pour l’instant : il passa un coup de fil à l’hôtel et laissa le message que si quelqu’un rapportait un appareil photo numérique perdu, c’était le sien.
De temps à autre, il appelait l’hôtel pour avoir des nouvelles. Rien. Dans son désarroi, il appela un ami et lui demanda
de l’accompagner pour acheter un nouvel appareil photo. Il ne connaissait pas les magasins en Israël et ne savait pas se diriger.
Son ami vint le rejoindre avec plaisir, prêt à l’aider. Lorsqu’il apprit ce qu’il venait d’arriver, il lui dit : « En Israël, nous avons des solutions pour ce genre de choses. Nous faisons un don à Koupat Ha’ir, et nous voyons les problèmes se résoudre ! »
David suivit son conseil. Il était prêt à donner beaucoup d’argent à la charité pourvu que l’appareil lui soit rendu. Il téléphona à la Koupa et indiqua la somme qu’il offrait.
Il acheta ensuite un nouvel appareil, apprit comment l’utiliser et poursuivit son itinéraire. Soudain, son portable sonna.
On l’appelait de la réception de l’hôtel pour lui dire qu’un homme avait apporté un appareil photo numérique. Il avait pris un passager devant l’hôtel dans son taxi et ce passager avait oublié l’objet sur la banquette. On lui demandait de venir pour s’assurer que c’était bien le sien.
« Comment est le chauffeur ?
– Un homme jeune, grand de taille, un peu roux, répondit l’employée.
– Non, ce n’est pas lui. Je regrette. Le chauffeur de mon taxi était âgé, petit de taille et brun. Remerciez- le pour moi mais ce n’est pas mon appareil. »
Il ferma son portable et soupira.
« Un don à Koupat Ha’ir fait quand même quelque chose ! On a trouvé un appareil, bien que ce ne soit pas le mien.
– Grâce à Koupat Ha’ir, les problèmes se résolvent totalement ! répliqua son ami pour défendre avec enthousiasme l’honneur de la Koupa.
Pas à moitié. Attends, tu verras ! »
Le téléphone sonna une deuxième fois. C’était l’employée de la réception de l’hôtel. « Le chauffeur affirme que c’est bien votre appareil. Il est venu jusqu’ici pour le rendre et vous demande instamment de venir vous aussi. »
David ne pouvait pas refuser. Le faible espoir que c’était malgré tout bien son appareil photo le convainquit tout à fait.
Il prit un taxi pour retourner à l’hôtel. Dans le lobby était assis un homme qui se présenta comme le chauffeur. Comme l’avait dit l’employée, il était jeune, grand et roux. Ce n’était absolument pas le chauffeur qu’il connaissait ! Il haussa les épaules et lui dit : « Ce n’est pas vous, n’est-ce pas ? J’en suis sûr ! »
Le chauffeur, ou celui qui prétendait l’être, sortit d’un petit sac l’appareil photo. David le lui prit des mains. C’était son appareil, sans aucun doute ! Il regarda les photos qui y étaient conservées : le voici lui-même, son épouse, ses
enfants… Il ne manquait rien.
« Mais vous n’êtes pas le chauffeur de ce taxi ! Comment avez-vous trouvé mon appareil ? »
Les personnes présentes, depuis son ami qui l’avait accompagné jusqu’aux touristes qui habitaient l’hôtel, s’approchèrent pour écouter.
« Je vais vous dire la vérité, répondit le jeune homme, un peu gêné. Le taxi nous appartient à tous les deux, à mon père et à moi. Je l’utilise le matin et le soir, et lui l’après-midi et la nuit. Vous avez oublié votre appareil pendant ses heures à lui et, je suis désolé de le dire, il n’avait pas l’intention de le rendre. Il était bien content d’avoir trouvé un bel appareil et pensait le garder pour sa famille. J’ai pris le taxi après lui, comme d’habitude, et je l’ai trouvé posé sur le siège. Il m’a tout raconté et moi, j’ai décidé de le rendre.
Vous comprenez, je me marie cette semaine. Comme vous le voyez, je ne suis pas religieux mais la semaine du mariage, c’est différent. Il faut se conduire comme il faut si on veut que D. nous aide. La semaine du mariage, je veux faire de bonnes choses. J’ai décidé de rendre cet appareil à celui qui l’a perdu, bien que mon père risque de me faire un scandale. Il n’aimera pas cette idée et je ne sais pas ce qu’il me dira. »
Il se tut, laissant les spectateurs éberlués.
« Quand l’avez-vous trouvé ? demanda David, qui commençait à faire des rapprochements intéressants en son esprit.
– Je l’ai trouvé quand je suis monté dans le taxi ce soir. Mais j’ai décidé de le rendre plus tard. Tout d’un coup, je ne sais pas pourquoi, cette idée m’est venue à l’esprit. J’ai pensé qu’il fallait être réglo la semaine de mon mariage. »
Tout d’un coup, cette idée lui est venue. Tout d’un coup, elle lui est venue à l’esprit, et il ne sait pas pourquoi!
Vous savez vous, peut-être, pourquoi…