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« Vous êtes sûrs ? Je crois qu’il s’agit d’une erreur ! » M. P. était surpris, déconcerté. Il avait l’intention de se rendre en Erets Israël pour quelques jours, de participer à plusieurs événements importants et de régler certaines affaires.

Raconté par le passager – n° de téléphone : 00-1718-930-3780

« Vous êtes sûrs ? Je crois qu’il s’agit d’une erreur ! »
M. P. était surpris, déconcerté. Il avait l’intention de se rendre en Erets Israël pour quelques jours, de participer à plusieurs événements importants et de régler certaines affaires. Il s’était préparé à son voyage comme un vieil habitué. Ce n’était pas la première fois qu’il quittait les Etats-Unis pour Israël, et pas la dernière non plus. Il avait commandé son billet par l’intermédiaire de son agence habituelle, avait organisé ses bagages et, après avoir dit au revoir à sa famille, était arrivé à l’aéroport.
A présent, on lui disait que son avion avait décollé voici douze heures !
« Depuis quand y a-t-il un vol à midi ? demanda-t-il pour commencer.
– Depuis le mois de Juin, répondit poliment l’hôtesse. En Juin, un vol vers Israël est ajouté chaque jour. A midi moins dix. Le vol régulier, de minuit moins dix, continue comme d’habitude.
– Cela ne m’est pas venu à l’idée ! Je ne savais pas ! J’ai reçu une place pour l’avion à cette date-là et je n’ai même pas pris la peine de vérifier si c’était un vol de jour ou de nuit. Je ne savais pas que vous aviez ajouté un avion. »
Mais pour autant que son erreur était compréhensible, c’était malgré tout une erreur. Il avait manqué son vol et, dans le vol qui devait bientôt décoller, il ne restait pas de places vacantes…
Rentrer chez lui et revenir dans douze heures ? C’était très fatiguant et la plupart de ces heures-là allaient se passer dans le trajet aller-retour. A part cela, il est écrit dans le testament de Rabbi Yehouda He’hassid qu’un homme qui quitte sa maison pour partir en voyage ne doit pas y revenir. Valait-il la peine d’aller à l’hôtel ? Fallait-il passer cette attente à l’aéroport ? Et les rendez-vous qu’il avait pris en Israël ? Tout son emploi du temps serait bouleversé…
« Peut-être restera-t-il une place dans le vol qui part bientôt ? » tenta-t-il sa chance.
L’hôtesse secoua la tête avec empathie. « On a vendu dix places de plus que la capacité de l’avion, lui expliqua- t-elle. Parce qu’il arrive toujours que quelques personnes manquent le vol. A part cela, il y a aussi ce monsieur-là, dit-elle en montrant un non-Juif assis sur un banc, qui a fait exactement la même erreur que vous. S’il reste une place, il passe avant vous. »
M. P. observa son compagnon d’infortune puis s’assit auprès de lui. Il valait la peine pour lui d’attendre la fin de l’embarquement. Il restera peut-être malgré tout une place.
« Peut-être qu’un don à Koupat Ha’ir pourrait m’aider ? pensa soudain M. P. Qu’ai-je à perdre ? J’aurai de toute façon accompli la mitsva de tsédaka si je fais un don, que j’aie une place dans cet avion ou non.
A part cela, un don me donnera un avantage sur ce non-Juif qui est avant moi, murmura une petite voix amusée à l’intérieur de lui. Cela ne me dérange pas qu’il prenne l’avion, s’il me reste une place à moi aussi. Si je fais un don, je passerai avant lui. »
Il sourit à cette pensée espiègle, sortit son portable et fit le numéro de Koupat Ha’ir. Après avoir donné son numéro de carte bancaire, il décida quelle somme donner et la communiqua à la téléphoniste. Lorsqu’il eut terminé, il ajouta une prière à voix basse. Il ne pria pas qu’il lui soit donné de monter dans cet avion, car qui pourrait affirmer que c’était bon pour lui ? Il pria D. de le conduire dans le bon chemin et de le préserver de tout désagrément et de tout accident.

Le non-Juif le regarda avec intérêt.
Lorsque les aiguilles de la montre indiquèrent qu’il ne restait qu’une demi-heure jusqu’à la fermeture des portes, M. P. et le non-Juif furent appelés à monter dans l’avion. « Il reste plusieurs places libres, leur dit l’hôtesse, mais sachez que si au dernier moment les passagers arrivent, vous devrez descendre ».
Ils acceptèrent, faute d’avoir le choix. Ils passèrent les minutes restantes à regarder attentivement  les gens qui entraient dans l’avion. Un passager entra d’un pas vif et prit sa place, un deuxième, un troisième… Les places vacantes allaient en diminuant.
Devraient-ils revenir sur leurs pas ? Dix minutes avant la fermeture des portes, il restait encore des places vides à part les leurs. Il semblait qu’ils pouvaient pousser un soupir de soulagement. Mais non. Sept minutes avant le départ, cinq personnes
d’une même famille arrivèrent, tout essoufflées. Il n’y avait que trois sièges vacants.
M. P. et le non-Juif, son compagnon d’infortune, furent contraints de céder leur place et de retourner à la salle d’embarquement.
« Je regrette, répéta l’hôtesse, gênée. Il arrive très rarement que des passagers montent dans l’avion au dernier moment. Et voici que cinq personnes sont arrivées ! C’est vraiment inattendu. Je suis désolée ».
Mais ses paroles polies ne firent rien pour calmer le non-Juif déçu.
M. P. se couvrit les oreilles de ses mains. La pluie de malédictions et d’insultes qu’il lança au sujet de l’avion, du pilote, des stewards, de l’hôtesse et des derniers passagers arrivés précipitamment, le fit frissonner.
M. P. ne broncha pas ; il n’avait pas la moindre intention d’être la prochaine cible de ses invectives.
Le non-Juif en colère regarda sa montre. « L’avion est archi plein ! Il n’y a aucune raison d’attendre ! » Il fit demi-tour et sortit de la salle d’un pas énervé.
M. P. pensa la même chose. Il restait malgré tout quatre minutes. Peut-être qu’un miracle allait se produire…
A ce moment précis, il vit un homme descendre de l’avion, le visage réjoui. Il parlait avec enthousiasme dans son portable et semblait tout heureux.
« Hé ! lança-t-il à l’hôtesse. Je reste là ! Je viens d’avoir mon premier petit-fils ! Je vais repousser mon voyage de quelques jours. Ce n’est pas tous les jours qu’on devient grand-père ! Vous pourrez peut-être faire entrer quelqu’un à ma place.
– Où… Où est-il ?
L’hôtesse regarda autour d’elle, cherchant le non-Juif du regard.
– Il est parti ! intervint M. P. Il vient de quitter les lieux !
– Alors, dépêchez-vous ! Les portes se ferment dans deux minutes ! »
M. P. gravit les marches en courant, trouva une place vide et s’assit. Les portes se fermèrent derrière lui.
Cela avait valu la peine ! « Si cette famille n’était pas arrivée à la dernière minute, songea-t-il pendant le voyage, il est probable
que ce non-Juif serait resté jusqu’à la fin pour voir s’il y avait une place libre. C’est seulement parce qu’ils sont arrivés par surprise et qu’il était peu probable qu’il y aurait des changements au dernier moment.
Après avoir attendu une heure et demie, c’était idiot de sa part d’être parti quatre minutes avant la fermeture des portes ! En tout cas, l’essentiel, c’est que j’ai eu sa place ! C’est bien ce que j’avais senti depuis le début : un don à Koupat Ha’ir allait me donner priorité sur lui ! »
M. P. sourit une nouvelle fois. Que cette petite voix dise ce qu’elle voulait, il était assis dans l’avion, et c’était le plus important !