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« Tu l’entends, Maman ? Elle pleure ! Ecoute bien. C’est ta première petite-fille ! » Il écarta son portable de son oreille pour que les pleurs délicats de son nouveau-né soient entendus de l’autre côté de la ligne, en France.

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« Tu l’entends, Maman ? Elle pleure ! Ecoute bien. C’est ta première petite-fille ! » Il écarta son portable de son oreille pour que les pleurs délicats de son nouveau-né soient entendus de l’autre côté de la ligne, en France.
« Vous voulez tenir votre fille, Monsieur ? » La sage-femme remarqua ce jeune couple inexpérimenté, loin de leurs parents habitant à l’étranger. Le bonheur les inonde et ils n’ont personne avec qui le partager. Il prononce quelques phrases en français et pose le portable ouvert sur la table de nuit.« J’ai… j’ai un peu peur de l’attraper. Et si elle tombe ?» dit-il en hésitant. « Elle ne va pas tomber, rassurez-vous… Elle ne tombera pas. C’est votre enfant. Prenez-la dans les bras.»
Il prend le nouveau-né qu’elle lui tend, enveloppé dans un lange blanc. «C’est un vrai bébé, c’est le nôtre ! » dit-il
à la jeune maman qui ne parvient pas à dominer ses larmes. Le bébé gémit doucement et son père se rapproche d’un
millimètre vers le portable. Que ses parents puissent l’entendre, de France. Dommage qu’ils n’aient pas appelé aussi ses
beaux-parents dans une conversation à trois.
« Notre bébé est née en Israël, David. Elle sera une Israélienne de naissance, pas comme nous ». La maman
prononça cette phrase en hébreu, avec un accent anglais. « C’est très bien comme ça » répondit-il avec un accent français.
« Une enfant juive née en Erets Israël… Extraordinaire ! » 
Quarante-huit heures plus tard, cela leur semblera soudain très compliqué.
« Il est impossible de lui donner un numéro d’identité israélien » explique l’employée du Bitouah Léoumi(équivalent israélien de la C.A.F.) à l’hôpital. « Vous n’êtes pas israéliens, ni vous ni votre mari, n’est ce pas ? dit-elle en regardant les passeports qui lui
étaient présentés.
– Mais nous voulons que notre enfant soit israélienne!» répondit la jeune maman. Elle ne comprenait pas pourquoi il fallait dresser des embûches sur la route d’un bébé âgé d’à peine deux jours.
– Avant tout, faites-lui un passeport. Ensuite, vous vous renseignerez en ce qui concerne la nationalité israélienne. »
Un passeport ? Ah, ils se rendent bientôt compte que ce n’est pas si simple.
La mère a un passeport américain car elle est née aux Etats- Unis. Mais étant donné que sa famille a quitté les Etats-Unis pour
l’Angleterre alors qu’elle était encore enfant, sa fille ne pourra pas obtenir un passeport avec la même facilité qu’elle.
Le bébé n’a pas non plus la possibilité d’obtenir un passeport anglais. Comme sa mère n’est pas née en Angleterre, elle ne peut pas procurer de passeport anglais à sa fille.
Un passeport français ? Le père est né en France et il y a habité. A priori, il ne devrait pas y avoir de problème. Mais seulement a priori… Il a épousé sa femme selon la loi juive et non selon la loi française. Il n’a pas encore enregistré son mariage auprès des autorités françaises, et sûrement pas la naissance de sa fille. A présent, il doit commencer par présenter les documents nécessaires pour obtenir un certificat de mariage. Ensuite, il faudra présenter les documents attestant de la naissance de sa fille
et demander pour elle un passeport. Il s’agit d’une longue procédure qui durera au moins six mois.
Les parents tiennent leur nouveau-né dans leurs bras, désorientés : un bébé sans identité, sans nationalité!
Elle n’a ni carte d’identité israélienne ni passeport américain ni passeport anglais et, pour l’instant, pas de passeport français !
« Le fait que tu sois dans mes bras suffit à prouver que tu es née ! dit la maman dans un hébreu hésitant. Je n’ai pas besoin de documents pour attester combien je t’aime ! » Le bébé sourit. Un réflexe ? L’ombre d’un premier sourire ? Peu importe! L’essentiel, c’est qu’elle sourit. Mais l’amour de ses parents, aussi fort soit-il, ne peut délivrer de passe-frontière.
Sans passeport, ils n’ont aucune chance de pouvoir sortir du pays et de rendre enfin visite à leurs parents en Europe.
« Nous vous attendons ! » disent les parents du jeune papa en français. « Vous devez absolument venir nous voir ! » ajoutent ses parents à elle en anglais.
« Les photos que vous avez envoyées sont magnifiques, mais elles nous font vous languir encore plus ! » disent les deux familles dans la langue du coeur.
Pourtant, l’enfant n’a pas de papiers, à part un acte de naissance israélien, un papier sans valeur nulle part sauf, peut-être, au dispensaire israélien. Mais là non plus, quand elle voulut lui faire administrer le premier vaccin, on n’accepta pas ce document. On lui demanda le document de décharge de l’hôpital. Là aussi, il manquait son numéro d’identité. A l’ordinateur, ils ne parvinrent pas à lui ouvrir un dossier.
« Alors peu importe si elle grossit bien et si elle reçoit les vaccins nécessaires, parce qu’elle n’a pas de numéro d’identité ? demande la mère. Et alors si elle n’a pas de numéro ? Elle n’existe pas ? »
Au dispensaire, l’infirmière lui ouvre un dossier à la main. « Bébé sans identité » inscrit-elle en gros sur la première page. Quel dommage qu’on ne puisse obtenir de billet d’avion manuel !
Lorsque la maman est plus reposée, ils commencent leur recherche de tous les documents nécessaires en vue du certificat de mariage français. Lorsque la pile est prête, jusqu’aux derniers détails, ils se rendent au consulat français. Peut-être, peut-être, espèrent-ils, leur donnera-t-on une autorisation pour un passeport. Un espoir bien faible, mais qui existe. Pessah n’est pas loin et ils voudraient tant le passer en compagnie de leur famille ! Même s’ils obtiennent cette autorisation, obtenir le passeport de l’enfant prendra au moins quelques semaines. Au dernier moment, il leur sera difficile de trouver des places dans l’avion et, même s’ils en trouvent, ce sera à un prix bien plus élevé. Cette différence pèsera sur leur poche déjà bien rétrécie (une enfant sans identité ne reçoit pas de prestations familiales) mais il n’y a pas le choix. Leurs parents se languissent beaucoup et eux, pas moins ! Une certaine famille les recevra pour la fête en Israël s’il n’y a pas d’autre solution, mais ils voudraient beaucoup
rejoindre leurs parents.
Avant d’arriver au consulat, le jeune père dit à sa femme : « Si nous sortons d’ici avec une autorisation de passeport, nousdonnerons 200 chékels à Koupat Ha’ir. » Une phrase toute simple. Ils ne soupçonnaient pas combien de problèmes ils aplaniraient grâce à elle.
« Le bureau des mariages est fermé le mercredi,leur dit-on à l’entrée. Vous ne le saviez pas ? » Non,ils ne le savaient pas. Perplexes, ils se regardèrent, un jeune père, une nouvelle maman et un tout petit bébé. Le taxi qui les a conduits ici a coûté très cher.
Et il n’était pas facile de s’organiser et de trouver un moment pour faire cette formalité. Quelle bêtise, d’arriver à un bureau fermé…
« Je vais au moins me renseigner pour un billet d’avion pour moi, si nous nous trouvons là de toute façon » dit-il à sa femme. Qu’ils ne reviennent pas au moins les mains vides. Ils s’approchent d’un employé. « J’ai besoin d’un billet d’avion, mais je n’ai pas encore de certificat de mariage. J’ai tous les papiers qu’il faut mais le bureau est fermé aujourd’hui.
– Il faut d’abord régler ce changement dans votre statut familial et seulement ensuite, vous pourrez commander votre billet » répond l’employé.
Cela non plus, ils ne peuvent le faire maintenant! Ils se regardent d’un air inquiet. L’employé le remarque et leur demande des précisions. Son expression de sympathie encourage le jeune père à tout lui raconter.
Pourquoi leur histoire le touche-t-il ? Il prend la peine d’aller chercher le directeur du bureau, le consul en personne. Avant tout, il est important que ces jeunes connaissent la procédure qui les attend après avoir obtenu leur certificat de mariage.
Le consul vient à leur rencontre. (Pourquoi ?) Il écoute l’exposé de leur situation et dit à l’employé: « Préparez-leur un passeport d’urgence. Sinon, ils n’auront pas le temps de tout régler avant Pessa’h! Le certificat de mariage, il le fera par la suite. »
Ils n’en croient pas leurs oreilles. Un passeport d’urgence !
« C’est une excellente occasion d’apprendre à notre équipe comment délivrer un passeport d’urgence, dit le consul à l’employé. Appelez tous les employés ».
Alors qu’ils regardent le personnel qui se rassemble, ils apprennent le fait tout simple ( ?) que ce jour-là, ce jour même, un nouveau passeport d’urgence vient d’être inauguré en France. En leur honneur ! Les employés se réunissent et observent les différentes étapes, tout en écoutant l’histoire de l’enfant sans nationalité.
« Est-ce là la raison pour laquelle nous leur délivrons un passeport d’urgence ? demandent-ils au consul.
Il hoche la tête. Les employés sont encore plus étonnés.
« Dans ce cas, chaque fois que nous serons confrontés à une situation compliquée, nous délivrerons un passeport d’urgence?
–Pas du tout! Ce n’est pas ce que j’ai dit ! Il faut juger chaque cas individuellement.
–C’est là un cas qui justifie un passeport d’urgence, à votre avis ? »
Les employés ne parviennent à cacher leur surprise.
Un passeport d’urgence parce que les parents veulent aller passer Pessah en France? Le consul ne répond pas.
Il continue à expliquer comment procéder, étape par étape.
Le père et la mère le regardent, surpris. « Comment comprendre cette démarche tout à fait inhabituelle?» se demandent-ils.
Le consul termine ses explications et quitte la pièce.
« Moi, je n’aurais pas émis un passeport d’urgence pour une chose pareille ! » dit l’un des employés du consulat. « Je n’aurais même pas donné d’autorisation de voyager pour une seule fois » ajoute son collègue.
Mais le consul a donné des instructions, et ils doivent les suivre. Ils tapent les informations nécessairesà l’ordinateur. Des questions sont posées, des réponses données. Soudain, tout s’arrête. Etant donné qu’il s’agit d’un passeport d’urgence qui vient d’être inauguré le jour même et que personne n’a encore eu l’occasion de le délivrer, ils se heurtent à un problème qu’ils ne savent pas résoudre. Des tentatives sont faites, en vain. Ils téléphonent en France pour obtenir un service d’assistance.
« Cela prendra un peu de temps » dit le premier employé. Ils s’asseyent de côté pour attendre. Après quelques minutes, le consul sort de son bureau.
«C’est dommage que vous attendiez ici. L’assistance risque d’arriver dans plusieurs heures. Il est impossible de savoir quand ils téléphoneront. Revenez la semaine prochaine chercher votre passeport. »
Ils le remercient du fond du coeur et se lèvent pour partir. C’est certes un peu dommage car ils devront à nouveau prendre un taxi aller-retour, dont le prix n’est pas négligeable pour leur bourse. Mais que faire? La mère sort avec le bébé et essaie d’arrêter
un taxi. Le père reste encore une minute et demande l’adresse de l’ambassade.
Soudain, le consul sort à nouveau de son bureau, en courant.
« Vous êtes encore là ? Ne partez pas ! Le service d’assistance vient de téléphoner ! »
Si le consul était sorti une minute ou deux plus tard, le père aurait déjà été assis dans le taxi, en route pour rentrer chez lui. Ils reviennent au consulat, attendent encore un peu. L’enchaînement des événements jusqu’à présent était si inattendu qu’ils ont bon espoir que les choses vont s’arranger. Peut-être surgira-t-il un problème supplémentaire ?
« Non, il n’y aura pas d’autre problème. Nous avons fait un don à Koupat Ha’ir et D. nous aide au-delà des lois de la nature » affirme-t-il à son épouse.
« Voilà, je vous en prie. Bon voyage ! » L’employé les appelle. Oui, il les appelle, eux ! Il leur tend un passeport signé et tamponné en bonne et due forme, en temps utile pour pouvoir commander leurs billets d’avion. 
Un passeport d’urgence pour leur enfant sans identité…