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Disparu!« Je pense que quatre boites de sauce tomate nous suffiront pour le mois, dit Rachel à ses enfants. Il faut attendre un peu entre une boite et l’autre chez nous.

« Je pense que quatre boites de sauce tomate nous suffiront pour le mois, dit Rachel à ses enfants. Il faut attendre un peu entre une boite et l’autre chez nous. Sinon, il y a certains enfants qui croient qu’on peut s’en servir à autre chose qu’à donner du goût ».
Elle ne regarde personne en particulier mais les deux grands rougissent et baissent les yeux. Ils se rappellent bien leur malheureuse tentative d’écrire des graffitis en sauce tomate sur les carreaux de la cuisine. Qui a eu cette idée terrible ? Peu importe.
Tous deux l’ont réalisée avec enthousiasme, à la grande consternation de leur maman. A présent, on achètera moins de sauce tomate. C’est dommage, mais tant pis.
Ils avancent avec leur chariot qui s’emplit progressivement. Les courses mensuelles au supermarché leur font découvrir chaque fois de nouveaux produits portant un hekhcher, une surveillance rabbinique.
Certains sont importés d’Israël, d’autres sont fabriqués sur place.
« Des biscottes ! Qu’est-ce que vous en dites ? » Rachel scrute l’emballage et lit attentivement le relevé des valeurs nutritives.
« C’est bien pour les enfants qui n’aiment pas manger du pain… »
Ils avancent dans l’allée. Leur mère les laisse partir pour choisir les surgelés qu’ils aiment. Ils connaissent la quantité qu’il faut et remplissent des sachets qu’ils déposent dans un coin du congélateur. Avant de passer à la caisse, ils les reprendront.
Ils continuent leur chemin vers les produits d’entretien. Le chariot s’emplit de plus en plus, il est près de déborder. Chacun a des préférences quant à la couleur des mouchoirs en papier, au parfum de la lessive et à la marque du cirage.
« Vous savez, cela me rappelle… » Lorsque Maman prend ce ton-là, les enfants s’approchent pour écouter. Encore l’une des histoires d’enfance inoubliables de Maman ! Yaacov, Moché, Sarah et Arielle, tous sont là… mais où est Michaël ?
« Maman, où est Michaël ? »
Rachel regarde autour d’elle, inquiète. Le turbulent Michaël, âgé de quatre ans, n’est pas là. Elle ne voit pas sa silhouette dans l’allée et ne se rappelle pas l’avoir entendu au cours des dernières minutes.
« Aux surgelés, il était avec vous ? » Les enfants se regardent, perplexes.
« Non, je crois qu’il n’était pas là. Il choisit toujours la même chose et ça nous énerve. Cette fois-ci, nous n’avons pas eu à nous disputer avec lui.
– Et devant les boites de sauce tomate ? »
Oui, il était là à ce moment-là. Il a marché sur le pied de Yaacov pour voir sa réaction. Oui, il était présent devant les boites de sauce tomate, très présent même. Mais depuis, un très long moment a passé.
Où a-t-il pu disparaître ?
« Que chacun court à une autre allée, demande Rachel.
Courez d’un bout à l’autre et revenez ici dans trois minutes, que vous l’ayez trouvé ou pas. »
Les enfants se mettent à courir tandis qu’elle arpente la surface près des caisses. Pas de trace de l’enfant.
Les enfants reviennent les uns après les autres, tout essoufflés. L’expression de leur visage révèle le
résultat de leurs recherches.
« Retournez chercher. Yaacov, va autour des caisses. Moché, près des dépôts. Sarah, à côté des bonbons. Danielle, là où il y a les promotions. Revenez dans trois minutes. »
Elle scrute de loin l’entrée du magasin. Peut-être la porte automatique l’a-t-elle attiré ? Peut-être les manutentionnaires avec leurs voitures à levier ?
Elle observe partout mais Michaël reste invisible. L’angoisse commence à monter en elle.
Les enfants reviennent à bout de souffle, chacun espérant que l’autre ramènera Michaël avec lui.
Mais non. Leurs yeux s’emplissent d’inquiétude. Rachel sent qu’elle est sur le point de perdre ses moyens.
Comme elle est dangereuse, cette grande surface ! Des gens obscurs qui cherchent une proie facile, des travailleurs étrangers, des lunatiques… Où Michaël a-t-il pu bien disparaître ?
Des histoires à faire dresser les cheveux sur la tête lui traversent l’esprit. Les fictions les plus effrayantes, les images les plus terribles. Michaël, petit Michaël ! Qu’est-ce qu’on est en train de lui faire? Et peut-être qu’il marche tout seul en pleurant, affolé de se retrouver tout seul ? Qu’est-ce que son fils si mignon est en train de traverser ? Ses mains commencent à trembler. Les enfants la regardent, paralysés.
« Je fais un don à Koupat Ha’ir, les enfants ! » dit-elle en essayant de ne pas trahir sa peur car ils sont déjà assez effrayés comme cela. « Je fais un don maintenant et nous allons prier que D. nous aide à retrouver Michaël en bonne santé très vite. »
Les enfants la suivent des yeux : il y a des momentsqui dépassent le temps et le lieu. Celui-ci en fait partie.
Alors que son coeur bat à toute vitesse, le don à la tsédaka est une bouée de sauvetage presque physique. Ils ferment les yeux un instant et une prière intense monte en eux. « Mon D. ! Rends-nous Michaël en bonne santé, très vite. Je t’en prie ! »
« Maintenant, Yaacov, va chercher dehors ! Moché, près des toilettes. Sarah et Danielle, venez avec moi, nous allons voir ce qui se passe aux ascenseurs. »
Elle donne un portable à Yaacov avant qu’il ne s’éloigne en courant. Elle et ses filles filent vers l’ascenseur. Cet enfant a-t-il décidé de se promener de haut en bas ? Les talons heurtent le carrelage, le coeur bat comme un tambour. 
Michaël ! Michaël ! Où es-tu ?
« Il est là ! s’écrie Yaacov au portable. Il est là, on l’a trouvé ! Micky ! Dis quelque chose à Maman ! »
Rachel fond subitement en larmes. Toute la tension accumulée disparaît en une seconde et s’écoule en une cascade de larmes.
« Maman ! Cela n’a pas pris plus d’une minute. Dès que je suis sorti, après ton don à Koupat Ha’ir, je l’ai vu ! Cela m’a pris trente secondes pour le rejoindre. Il marchait tout seul dehors, tout seul ! »
Après ton don à Koupat Ha’ir, je l’ai vu... Quel miracle que nous ayons fait un don ! Qui sait à quoi il a échappé ? Elle refuse de penser à ce qui aurait pu arriver. L’essentiel, c’est qu’il est là. Il est là, mon D. !
Rachel pense parfois que le service que Koupat Ha’ir lui rend est bien plus grand que celui qu’elle rend à Koupat Ha’ir. Voilà, comme maintenant par exemple. Qu’aurait-elle fait ? Combien d’heures d’affolement seraient-elles passées ? Que serait-il
arrivé à son petit Michaël ?
Koupat Ha’ir l’a sauvée, littéralement