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Le taxi roule rapidement en se frayant un chemin parmi les voitures. En cette fin de soirée, Jérusalem se prépare au sommeil. Les marchands lavent à grande eau leur stand au marché, les gens garent leur voiture sur le côté et rentrent chez eux.

Le taxi roule rapidement en se frayant un chemin parmi les voitures. En cette fin de soirée, Jérusalem se prépare au sommeil. Les marchands lavent à grande eau leur stand au marché, les gens garent leur voiture sur le côté et rentrent chez eux. 
C’est la nuit.
« Il est arabe, ce chauffeur ». Cette pensée traverse rapidement l’esprit de Rav Yehouda Deitch, l’un des deux passagers. Il regarde au-dessus de la fenêtre, à l’endroit où une plaque porte généralement le nom du chauffeur. La plaque réglementaire est absente.
Aucun drapeau sur le taxi, aucun signe identificateur. Le chauffeur bavarde sur son portable avec un accent guttural prononcé. Pas de doute. Il était difficile de s’en rendre compte au premier coup d’oeil. Ses cheveux blancs sont coupés très court, il est rasé de près…
Il ne dit rien. Rav Yitzhak Méir Sternbuch, qui enseigne avec lui à la yéchiva Darkei Torah, discute du sujet brûlant qui les préoccupe. Une lourde responsabilité leur a été imposée et ils se rendent à présent en taxi chez une autorité pour lui faire part
de leurs doutes. Rav Yehouda, fils du Gaon Rabbi M. Deitch (Rav du quartier de Ramat Chlomo à Jérusalem), se plonge dans la conversation. Il détourne son esprit du chauffeur arabe, de ce qui se passe chez lui, de ce qu’il a fait ce jour-là, et se concentre
pleinement sur le sujet en question. Les deux Rabbanim ressentent bien la responsabilité qui pèse sur eux.
Ils se rendent chez le Gaon Rabbi Naftali Nussbaum pour discuter du sujet, pour demander son avis et, ils l’espèrent, pour résoudre la question. Ils savent qu’ils disposent de peu de temps. Plus le sujet est important et décisif, plus le temps dont on dispose est concentré…
« Attendez-nous jusqu’à ce que nous redescendions, et nous vous prendrons pour le retour, dit Rav Sternbuch au chauffeur. Nous en avons pour dix minutes, un quart d’heure. Laissez le compteur allumé ». Le chauffeur hoche la tête et gare son véhicule.
Il sort une cannette de Coca-Cola de sa boite à gants et se cale confortablement sur son siège.
Les deux hommes montent. Rav Nussbaum les reçoit aimablement. Malgré le peu de temps dont ils disposent, ils exposent le sujet en question, l’analysent de toutes part, expliquent les différentes possibilités.
Ils n’entendent absolument pas le chauffeur qui klaxonne sans arrêt au bas de l’immeuble, jusqu’à ce qu’il perde patience.
Au bout d’une heure et quart, ils descendent le front plissé, les mains traçant des cercles en l’air.
Les premiers signes de la joie qui accompagne la résolution des doutes apparaissent sur leur visage.
« Où est notre taxi ? » Rav Sternbuch regarde de tous côtés. La petite rue est vide, pas un taxi en vue. Ils se tournent à droite, à gauche. Non, pas de taxi. Un coup d’oeil à leur montre leur en explique la raison.
« Comment allons-nous le payer ? Il va croire que nous avons fait exprès ! s’exclame Rav Sternbuch.
Je ne me rappelle pas avoir vu sa plaque portant son nom.
– C’était un chauffeur arabe, répond Rav Deitch, alors qu’une pensée floue s’obstine à tenter de passer le seuil de sa conscience. Il était arabe, c’est certain. Et il n’y avait pas de nom sur le côté du taxi, ni de drapeau… »
Soudain, il se prend la tête entre les mains et laisse échapper  un gémissement. « Mes téfilines ! Mes téfilines de Rabbénou Tam sont restés dans le taxi ! »
Que faire ???
« Tu te souviens d’un signe qui nous permettrait de reconnaître la voiture ?
– Non, aucun. »
Il n’y a rien à ajouter. Un chauffeur privé qui n’appartient pas à une compagnie de taxis, et qui est arabe... Aucun espoir de retrouver les téfilines.
« J’ai besoin de mes téfilines demain matin ! murmure
Rav Deitch. Mes téfilines de Rabbénou Tam… Je les ai mises à la fin de la prière depuis le jour de
mon mariage, sans manquer un jour. Ce n’est pas seulement l’argent qu’elles coûtent, ce n’est pas seulement ce qu’elles représentent pour moi. C’est de penser qu’un chauffeur arabe va les jeter n’importe
où ! Oh lala ! »
Rav Sternbuch n’a pas de mots pour le consoler. « Il est déjà onze heures et demie, soupire Rav Deitch dans l’obscurité. Les chances de retrouver le chauffeur sont nulles. Mais le Gardien d’Israël ne dort pas… Le Créateur sait où se trouvent mes
téfilines. Il sait comment me les rendre, si j’en ai le mérite. »
C’est vrai. Mais des miracles… a-t-on le droit de prier pour des miracles ?
« Je donne 180 chékels à Koupat Ha’ir. C’est le minimum d’effort personnel
que je peux faire, et le seul possible dans cette situation. D. verra peut-être ma peine… »
Il s’engage à donner cette somme si ses téfilines sont retrouvées la nuit même.
« Cette nuit ?
– Oui ! Y a-t-il quelque chosede trop difficile pour D. ? Cette nuit ! Il faut que je les mette demain matin ! »
Ils se séparent tristement, sans entretenir trop d’espoir. Les miracles, cela fait très plaisir lorsqu’ils arrivent, mais il ne faut pas les attendre. Ah ! Que sont devenues les téfilines à présent ? Le chauffeur les a-t-il jetées n’importe où ? Cela leur fait mal au
coeur d’y penser.
Deux heures plus tard…
Deux heures plus tard, le beau-frère de Rav Yehouda Deitch sort de la synagogue « Or Hatsafoun » de Jérusalem pour rentrer chez lui. A une heure et demie du matin, il marche lentement, réfléchissant encore au passage qu’il venait d’étudier ce soir-là.
Un taxi s’arrête brusquement à côté de lui.
« Eh ! Vous là-bas ! Holà ! » Un visage en colère apparait à travers la fenêtre.
« Alors, vous m’avez dit d’attendre et vous êtes partis comme ça ! Attendez, je retrouverai votre copain là!
Il paiera la course jusqu’au dernier sou ! »
Il reste debout sur le trottoir, interdit.
« Qu’est-ce que vous dites ? Je n’ai pas pris de taxi !
répond-il.
– Si ! C’est vous ! C’est vous qui m’avez pris avec votr ami, et il ne m’a pas payé ! Qu’est-ce qu’il croit ? Je vais le retrouver, et il paiera tout ! Rappelez-vous de ce que je viens de dire ! Je vous ai attendus presque une heure comme un imbécile. Qu’est-ce que vous croyez ? Et vous, prenez ce truc-là ! Ma voiture, c’est pas un dépôt. »
Il jette en sa direction un paquet noir. Le beau-frère de Rav Deitch fait un bon en arrière et se sauve, persuadé que l’Arabe au volant lui a lancé un objet piégé.
Le taxi s’éloigne rapidement. Il reste à distance et observe l’objet par terre, attendant d’entendre l’explosion. Mais l’explosion ne se produit pas. Il s’approche prudemment et reste pétrifié en voyant un sac de téfilines en velours bleu.
Il soulève le sac et l’embrasse. Il le prend avec lui et se dirige vers sa maison, interloqué par l’incident.
Pour qui l’Arabe l’a-t-il pris ? Existe-t-il quelqu’un qui lui ressemble à ce point ? Peut-être que pour un Arabe, tous les Juifs se ressemblent, comme pour nous, tous les Chinois se ressemblent ? Alors, pourquoi s’est-il arrêté justement à côté de lui ?
Arrivé chez lui, il examine à nouveau le sac pour tenter de trouver un signe quelconque. Il remarque les lettres brodées sur le tissu : youd, aleph, mem, tsadik, daleth.
Comment ? Quelle chance y a-t-il pour qu’il existe un autre homme dont le nom a précisément ces initiales ?
Il a un beau-frère qui s’appelle : « Yehouda Aryé
Marim Tsvi Deitch ». Un homme ayant quatre prénoms, dont voici les initiales… Cela ne peut être quelqu’un d’autre !
Comment l’Arabe a-t-il deviné leur lien de parenté ?
Ils sont beaux-frères par le mariage, pas par la filiation.
Son beau-frère Rabbi Yehouda est un homme petit et maigre ; lui-même est haut de taille et large. Ils ne se ressemblent absolument pas !
Il n’a pas le moindre doute et téléphone à son beau frère. Une voix triste lui répond. Son beau-frère n’arrive pas à dormir, et ce n’est pas étonnant.
« Tu as perdu par hasard tes téfilines de Rabbénou
Tam ?
– Oui ! Comment le sais-tu ? Tu les as trouvées ?
– Un Arabe me les a jetées ! Il m’a accusé d’avoir voyagé dans son taxi et d’être parti sans le payer…
Il m’a crié dessus dans la rue et m’a jeté les téfilines.
Et tes initiales, il est impossible de les oublier. »
Rav Yehouda n’attend pas le matin. Empli de reconnaissance envers D., il se rend de suite chez son beau-frère. Le don à Koupat Ha’ir a bouleversé l’esprit du chauffeur et l’a fait confondre entre lui et nul autre que son beau-frère, qui connaît les initiales
de son nom et lui rend son objet perdu cette nuit même !
Cela vous paraît un peu trop extravagant ? Un conte imaginaire ?
Voici les noms des protagonistes. Voici leur numéro de portable. Ce sont des personnalités bien connues à Jérusalem.

Rav Yehouda Deitch : 050-4102308
Rav Yitzhak Méir Sternbuch : 052-7663333