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Une naissance qui tient du miracle

« Ah ! Bonjour ! N’est-ce pas toi qui étais en même temps que moi à la maternité, le 9 Av ? » Malka sent la main posée sur son bras et lève la tête des copies qu’elle est en train de corriger dans le bus.

 « Ah ! Bonjour ! N’est-ce pas toi qui étais en même temps que moi à la maternité, le 9 Av ? »
Malka sent la main posée sur son bras et lève la tête des copies qu’elle est en train de corriger dans le bus. Des yeux souriants la regardent, et plusieurs visages enfantins surgissent sur le côté.
« Le 9 Av ? Ma fille est née ce jour-là…
– Mon fils aussi ! » s’écrie la jeune femme, Rahel. Tu ne te souviens pas que nous avons occupé la même chambre ensuite ? »
Malka s’en souvient très bien. Elle était toute jeune alors ; de longues années sont passées depuis. Si elle avait su à ce moment-là que sa fille Devora resterait fille unique, elle n’aurait peut-être pas été si insouciante. Mais qui peut prévoir l’avenir ?
« Vous avez appelé votre fille Devora, si je me souviens bien.
– C’est juste, elle s’appelle Devora. C’est gentil de ta part de t’en souvenir. Et comment s’appelle ton fils qui est né le même jour ?
– Binyamin. Depuis, nous avons aussi Chimon et Ephraïm, Et Naomi, Brakha et Guila. Trois garçons et trois filles. Et toi ? »
Elle ne s’attend pas à la tristesse qui recouvre le visage de Malka après sa question innocente.
« Devora est restée la seule, pour l’instant » répond Malka en détournant les yeux.Quelqu’un peut-il deviner sa souffrance ?
Il est vrai qu’elle a une fille adorable qui l’emplit de joie. Elle remercie D. tous les jours de la lui avoir donnée. Mais les femmes qui veulent un deuxième enfant ressentent un vide immense. Elle prie tellement d’avoir un autre enfant !
Quand Devora est née, elle n’aurait pas imaginé que des années d’attente si longues suivraient.
« Devora est au CM1. Ton fils étudie sûrement déjà la Guemara, non ?
– Oui, c’est la deuxième année qu’il apprend la Guemara. Il a sauté de classe.
Son frère qui était dans la classe en-dessous avait passé une très mauvaise année.
Nous avons dû faire sauter de classe Binyamin pour permettre à Chimon de passer dans la classe supérieure. Tous les deux en étaient capables.
– Tu dois avoir des génies, alors ! » s’exclame Malka, ce qui fait serrer le coeur de Rahel. Deux garçons qui se suivent comme ça, une classe après l’autre ! Oh ! Trois, m’as-tu dit, non ? Trois fils, et trois filles ensuite ? »
Rahel hoche la tête. Les dits enfants font sentir leur présence de façon de plus en plus tapageuse. Malka leur parle gentiment, avec affection. Personne ne doit voir la brûlure intérieure que cette conversation lui cause.
« Je te souhaite de bonnes nouvelles très bientôt » dit Rahel, mal à l’aise. Elle ne voit rien, mais elle sent. Malka n’a pas d’enfants
qui l’entourent de tous côtés comme le font les siens. Son coeur se serre. Rahel descend du bus et Malka rentre chez elle. Devora l’attend, sa poupée dans les bras. Malka prépare le déjeuner et met la table pour trois. Son mari doit bientôt rentrer. Elle a terminé de corriger les copies, la maison est propre ; elle a le temps...
Un pincement douloureux la prend par surprise. Rahel a déjà six enfants. Six enfants ! Et elle n’a que Devora. Assurément, Devora est une enfant exceptionnelle, un bijou, mais il n’y en a qu’une…
Sa fille est née à peine un an après son mariage. Malka a dû mal à croire à ce qui lui arrive. Comment est-il possible qu’elle doive subir des traitements pour avoir d’autres enfants ?
Elle s’est vite rendu compte qu’elle ne peut raconter sa souffrance à personne.
Celles qui ont plusieurs enfants se plaignent toute la journée de leur travail quotidien qui n’en finit pas. Celles qui n’ont pas d’enfants seraient prêtes à tout pour avoir une seule Devora. Et malgré tout, elle souffre, elle souffre ! N’y a-t-il personne qui soit capable de comprendre sa douleur ?
Assise chez le médecin, elle récite des Téhillim, les larmes coulant sur ses joues.
Elle voudrait tant que Devora ait un frère ou une soeur. Elle n’ose même pas penser à davantage. Neuf ans d’attente ! Cela lui est si difficile !
Une année supplémentaire passe avant que Malka soit emmenée d’urgence à l’hôpital. La bonne nouvelle est toute proche mais en attendant, une grave complication intervient. Les médecins courent en tous sens, les infirmières emportent des flacons pour des examens de sang. La situation est incertaine ; il semble qu’il faudra procéder d’urgence à une césarienne pour sauver la vie de Malka. Et cette opération signifie que l’attente de neuf ans se terminera par un chagrin inconsolable…
Malka sanglote. « Va vite faire un don de 1800 chékels (400 euros) à Koupat Ha’ir ! »
s’écrie-t-elle alors que les infirmiers roulent sa civière vers la salle opératoire.
Elle doit signer son accord pour une césarienne, mais sa main tremble tant qu’elle n’arrive pas à écrire. « Promets-moi que tu vas tout de suite faire un don ! »
Son mari le lui promet. Elle signe. La lourde porte se ferme derrière elle, et se rouvre peu de temps plus tard dans une joie extraordinaire.
« Il n’y a pas besoin d’opération ! annoncent les médecins. Nous avons procédé à l’anesthésie, mais finalement, la césarienne n’est plus nécessaire. Tout va bien ! Tout s’est arrangé ! »
Son mari pousse un soupir immense de soulagement. Malka, endormie, ne se rend pas compte du miracle qui vient de se produire.
Lorsqu’elle se réveille, sa joie ne connaît pas de bornes. Elle demande à son mari s’il a donné à Koupat Ha’ir la somme qu’elle avait demandée.
« Tu étais affolée, tu as paniqué… Pourquoi une somme pareille ? Nous n’avons pas de quoi faire un don si important ! » répond-il.
Elle se met à trembler ; elle n’est pas d’accord. « Non ! J’étais tout à fait lucide ! dit-elle. J’ai très bien compris ce qui allait arriver. J’ai promis cette somme à Koupat Ha’ir et tu m’as promis de la donner ! »
Elle se met à pleurer. « J’ai prié et j’ai dit : ‘Mon D. ! Tu sais que je n’ai aucune chance d’après les voies naturelles. Tu sais aussi que nous n’avons pas d’argent pour donner une telle somme. Je vais aller audelà de la nature pour Toi et Toi, Tu iras au-delà de la nature pour moi…’ Tu vois bien qu’il y a eu un miracle ! »
Son mari comprend son argument et change d’avis. Il fait sans tarder un don de 1800 chékels à Koupat Ha’ir. Certaines choses dépassent la valeur de l’argent.
Tout l’argent du monde ne suffira pas pour payer le prix d’un petit bébé né à temps après presque dix ans d’attente…