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Devant Sarah se trouvait une femme gaie qui balançait une poussette. Ses enfants, filles et garçons, gambadaient autour d’elle, criaient et riaient. Ils jouaient à cache-cache autour de leur mère et de Sarah.

« Bonjour ! Quoi de neuf ? »
Devant Sarah se trouvait une femme gaie qui balançait une poussette. Ses enfants, filles et garçons, gambadaient autour d’elle, criaient et riaient. Ils jouaient à cache-cache autour de leur mère et de Sarah.
Elles étaient autrefois dans la même classe au séminaire. Aujourd’hui, un abîme les sépare.
Son amie est déjà mère de sept enfants. Elle les emmène à présent en visite chez leur grand-mère.Et Sarah, comme autrefois, est toujours célibataire. Un « toujours » long et douloureux.
« Comment vas-tu ? demande Sarah. Tu as encore des contacts avec les filles de la classe ?
– Les filles de la classe ? Quelle classe ? répond son amie en attrapant simultanément les mains de deux enfants qui lui échappent.
– Notre classe au séminaire. »
La maman lui lance un regard étonné, puis compatissant. Après quelques minutes de conversation laborieuse, elles se séparent.
La maman avance lentement, avec ses sept enfants, vers la maison de sa mère. Et elle, Sarah, rentre chez elle, chez sa mère âgée dont le tablier accueille encore Sarah, une célibataire de 32 ans qui a tellement soif de trouver le bonheur.
La frustration envahit Sarah par vagues. Elle n’en peut plus. Elle ne peut pas entrer dans son immeuble. Elle veut avoir des enfants, elle veut comme tout le monde que le fleuve de sa vie coule de l’avant. Elle veut pouvoir briser le mur
qui la retient, maintenant, oui, maintenant ! avant même de monter chez elle.
Elle est devenue experte et sait retenir ses larmes. Les jours où Sarah passait des heures à pleurer sont loin derrière elle. 
En général, un sourire agréable agrémente son visage.Parfois, ce sourire est comme un masque figé et parfois, il émane effectivement de l’intérieur.

Mais à présent, au bas de l’immeuble, pas de sourire, ni faux ni vrai. Ses larmes coulent sans retenue.

Elle a déjà tout essayé. Elle a épuisé les ségoulot, elle a reçu des bénédictions et des voeux de tout le monde. Elle a demandé pardon à qui elle pensait devoir le faire, elle a pris de bonnes décisions, elle a murmuré des promesses. Que peut-elle ajouter maintenant ? Que peut-elle faire pour s’en sortir ? Quel mérite pourra ouvrir les Portes du Ciel ?
« Mon D. ! gémit-elle dans les escaliers, le coeur brisé. Je promets que, bli néder, si je me fiance avant le 1er Janvier 2009, je donnerai à Koupat Ha’ir 250 dollars. Par le mérite de la tsédaka à une caisse de charité de si grande valeur… »
La promesse murmurée dans un immeuble de New York monte et plane dans les airs.

Nous sommes petits. Que comprenons-nous au sens de grands mots ?
Soudain, Sarah appartient à l’unité, au don, à la générosité.
Tu as dit Koupat Ha’ir, Sarah ? Sais-tu seulement à quel point cette Koupa est aimée et appréciée au Ciel ?
Sarah monte chez elle.
Ses parents dorment déjà.
Une célibataire de 32 ans soupire de solitude dans sa chambre. Sarah ne sait pas ce qu’il se passe au-delà du tapis d’étoiles parsemées. Elle ne sait pas qu’elle n’est plus seule et qu’elle ne le sera jamais. Elle fait partie de Koupat Ha’ir. Dans son désespoir, elle a fait une promesse sans connaître la force des mots qu’elle a prononcés.
Lorsqu’on fait partie du peuple juif, tout est plus facile.
La courte lettre de Sarah est posée sur le bureau de Koupat Ha’ir à Bnei Brak. Ses mots expriment un grand bonheur. Elle désire s’acquitter de sa promesse de 250 $. Nous ne connaissons pas les décisions célestes mais nous pouvons constater les faits : après 12 ans d’attente, le 29 Décembre 2008, trois jours avant la date fixée, la tsédaka a fait pencher la balance.
Une nouvelle mélodie de reconnaissance et d’émotion balaie la maison, entrainant Sarah et sa famille.
L’histoire de Sarah n’est qu’un exemple de celles qui emplissent le classeur de Koupat Ha’ir.