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« C’est un cadeau pour toi, Néhama. Prends-le, c’est ton argent. Il est à toi. Fais-en ta possession. » Néhama soulève les billets pour que ce geste notifie son acquisition. « Rav ‘Haïm a donné la bérakha qu’aucun cheveu de sa tête ne tombera à celui qui fait un don à Koupat Ha’ir, lui explique-t-il d’un air entendu. Néhama comprend à présent. « Donne cette somme à Koupat Ha’ir en mon nom, Papa » murmure-t-elle. Demande que Rav ‘Haïm Kaniewsky prie pour moi, s’il te plait… »

« Que va devenir ma tresse, Papa ? »

Néhama, 15 ans, est plongée dans ses sombres pensées. Son père s’efforce de cacher son émotion. Avec sa mère, Néhama ne parle pas de l’ouragan qui a bouleversé leur vie voici quelques jours. Elle ne peut pas en parler à sa mère, qui pleure sans cesse. Elle se garde bien d’ajouter un gramme de peine à la douleur immense de sa mère. Son père est plus résistant, aussi elle peut lui faire partager quelques-unes de ses craintes. En sa compagnie, elle peut se permettre d’être faible, tremblante et craintive. A son père, elle ose, un peu, demander du soutien.

Voici dix jours seulement – comment est-ce possible ? – qu’elle se trouvait devant son médecin qui la regardait d’un air sévère. « Tout ce que vous me racontez ne me plait pas, lui dit-elle. Je vous envoie faire des examens complets. En voyant les résultats des examens, nous saurons à quoi nous en tenir. »

« Vous craignez quoi, au juste ? » demanda sa mère en frissonnant.

« Il n’y a aucune raison d’en parler pour l’instant. Les examens nous révéleront ce qu’il faut craindre et ce qu’il n’y a pas de raison de craindre » trancha le médecin.

Néhama n’avait pas encore peur à ce moment-là. Elle a certes eu un peu peur de savoir qu’on lui prendrait tant de sang de sa veine si sensible. Comme elle était candide alors !

Le lendemain matin, elle se rendit au laboratoire et tendit bravement son bras droit. A midi, le portable de sa mère montrait déjà 15 appels provenant du laboratoire. Ce même après-midi, elles étaient déjà à l’hôpital, rejointes par son père appelé d’urgence. Tous les examens ont été répétés, et on en a fait beaucoup d’autres, plus ou moins pénibles. Désorientée, Néhama perdit la faculté de réfléchir et de sentir.

Voilà. Ensuite, une journée de silence menaçant. Les médecins ne voulaient rien affirmer, mais les parents avaient déjà compris que les résultats étaient désastreux.

A la fin de la semaine, les médecins la laissèrent rentrer chez elle pour chabbat. Elle savait que dimanche, tôt le matin, les « traitements » allaient commencer. Sa mère sanglotait sans discontinuer et son père faisait les cent pas dans la maison. Ses frères et sœurs lui jetaient des regards effrayés. Quant à elle, elle ne pouvait pas cesser de penser à sa tresse, ou plutôt à ce qui allait se passer lorsque ses cheveux tomberaient, laissant son crâne à nu. Une vision épouvantable.

Cela fait une semaine qu’elle a commencé la chimio. En se levant le matin, elle regarde apeurée son coussin et recueille dans ses mains tremblantes ses mèches de longs cheveux. Lorsqu’elle brosse sa tresse, elle retire douloureusement des mèches supplémentaires. Combien de temps sa tresse subsistera-t-elle ? Elle sait bien que ce n’est pas la partie importante et qu’elle est en train de lutter pour sa survie. Mais sa tresse est devenue pour elle comme un symbole de vie : si sa tresse subsiste, elle aussi survivra. Mais ses cheveux tombent déjà…

« Que va-t-il se passer, Papa ? demande-t-elle, les larmes aux yeux. Que va devenir ma tresse ? »

Le cœur de son père se serre. Il sait lui aussi que ce n’est pas la question importante, mais il comprend bien la terrible symbolique.

Deux amis viennent le trouver pour lui parler, pour lui permettre d’exprimer ses inquiétudes. Il ose alors leur raconter cette question qui le bouleverse.

« Rav ‘Haïm Kaniewsky a donné la bénédiction que celui qui fait un don à Koupat Ha’ir, aucun cheveu de sa tête ne tombera à terre » répond l’un d’eux d’un ton hésitant. Soudain, les yeux du père s’éclairent. Il n’attend pas un instant, pas même le temps de dire merci. Il rentre chez lui en courant, prend une belle somme de son tiroir et court à l’hôpital.

« C’est un cadeau pour toi, Néhama. Prends-le, c’est ton argent. Il est à toi. Fais-en ta possession. »

Néhama soulève les billets pour que ce geste notifie son acquisition.

« Rav ‘Haïm a donné la bérakha qu’aucun cheveu de sa tête ne tombera à celui qui fait un don à Koupat Ha’ir, lui explique-t-il d’un air entendu.

Néhama comprend à présent.

« Donne cette somme à Koupat Ha’ir en mon nom, Papa » murmure-t-elle. Demande que Rav ‘Haïm Kaniewsky prie pour moi, s’il te plait… »

Deux ans ont passé. La perruque qu’ils avaient préparée selon la couleur exacte de ses cheveux, dans l’intention qu’elle soit prête pour le moment où ses cheveux ne couvriraient plus son crâne, est restée dans l’armoire. Ils ont fêté sa guérison par une séoudat hodaya et continuent à prier qu’elle reste en bonne santé. Ses cheveux ne sont plus tombés : Néhama a gardé sa tresse et la gardera si D. veut jusqu’à son mariage, en pleine santé…